Climategate : Résumé à l’intention des décideurs

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La mission officielle de l’organisme principal du carbocentrisme qu’est le GIEC est ainsi définie :

« évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. »

Pour ce premier billet, je vais tâcher d’imiter le GIEC en tâchant d’« évaluer sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les errements scientifiques liés au « Climategate » et cerner plus précisément les conséquences possibles de cette affaire. »

Le 19 novembre 2009, « un miracle a lieu ». C’est par ces mots qu’un internaute annonce, sur le blog de Steve McIntyre (Climate Audit), ce qui va devenir le « Climategate » : la divulgation sur internet d’un dossier informatique à la provenance mystérieuse, contenant deux catégories de fichiers : des courriels et des « codes sources » (c’est-à-dire des fichiers faits d’instructions écrites dans un langage de programmation, destinés à constituer ensemble un logiciel). Pour les sceptiques, le contenu est un trésor : dix années de correspondance envoyées ou reçues par les membres de la CRU (unité de recherches climatiques de l’université d’East Anglia), ainsi que le code source du logiciel de traitement des données utilisé par ce centre de recherches pour déterminer la température globale de la planète. L’une des places fortes du carbocentrisme vient d’être dévoilée.

Le dossier est-il authentique ?

Oui. Voilà au moins un point sur lequel tout le monde est d’accord. Les personnes concernées ont, dès le début, reconnu que la plupart des courriels étaient authentiques. Tous les recoupements effectués vont aussi dans ce sens. On peut imaginer que des faux aient été glissés parmi les vrais, mais pour l’instant, plusieurs semaines après le début de l’affaire, il n’y a toujours pas eu de contestation.

Qui est derrière l’affaire ?

Thèse carbocentriste : un odieux pirate, d’origine russe ou saoudienne, s’est introduit honteusement sur le serveur de la CRU pour perpétrer son forfait, dans le but de faire échouer la conférence de Copenhague, si cruciale pour l’avenir de la planète.

Thèse sceptique : n’écoutant que son courage et bravant tous les dangers, un héros de la CRU, indigné par les pratiques antiscientifiques de certains carbocentristes, a enfin réussi à divulguer la vérité que le monde entier attendait.

Synthèse : trop tôt pour savoir. Une enquête est en cours. Mais somme toute, l’essentiel n’est pas là.

Que disent les courriels ?

Thèse carbocentriste : rien ! Les courriels montrent des chercheurs qui discutent, qui s’envoient des noms d’oiseaux, qui se mettent d’accord sur telle ou telle stratégie… si on resitue tout ça dans le contexte, on ne voit rien d’autre que la science en marche. Circulez, y a rien à voir.

Thèse sceptique : c’est accablant. Le ton des courriels montre un esprit grégaire poussé à un point incroyable, des tentatives d’intimidation, des « trucages » assumés dans les données climatiques, et autres joyeusetés.

Synthèse : Tout le monde envoie parfois des courriels un peu directs ou peu respectueux (si quelqu’un disséquait les miens, j’imagine qu’il y trouverait aussi à y redire). On aurait pu attendre que Phil Jones présente des excuses explicites pour son courriel expliquant que la mort du sceptique John Daly était « une réjouissante nouvelle » (« cheering news »), mais les choses sont loin de se réduire à ce genre de courriels, au point que George Monbiot, du Guardian, pourtant carbocentriste de longue date, considère que Jones (directeur du CRU) doit démissionner (il l’a fait temporairement depuis). Si, à mon avis, il n’y a pas de malhonnêteté vraiment démontrable dans les courriels (pas même dans le fameux « trick to hide the decline »), on y lit en revanche un arrogant sentiment de supériorité de la part des chercheurs impliqués, et un mépris excessif et injustifié de leurs contradicteurs. Une ligne jaune a été franchie.

Que disent les codes sources ?

Thèse carbocentriste : pour l’instant, no comment. Dans un souci de transparence, tout ce qui reste à divulguer comme données de la CRU va l’être prochainement.

Thèse sceptique : c’est trop tôt pour le dire, mais c’est là la question la plus importante. Le peu que l’on en a décortiqué pour l’instant laisse penser qu’il va y avoir du lourd.

Synthèse : Il est encore trop tôt, en effet. Mais s’il y a un seul fichier à lire, c’est celui intitulé HARRY_READ_ME.txt. Il s’agit du « journal de bord » d’un programmeur (Harry) qui a été embauché quelques mois par la CRU pour mettre de l’ordre dans les programmes. On y voit le travail qu’il fait pour décortiquer le tout. Harry écrit de façon très personnelle, en décrivant sa souffrance et sa colère devant ce qu’il découvre. Difficile, après la lecture de ce fichier, d’accorder beaucoup de foi aux reconstructions de températures données par la CRU.

L’affaire remet-elle en cause le carbocentrisme dans son ensemble ?

Thèse carbocentriste : les chercheurs du CRU sont loin d’être les seuls promoteurs du carbocentrisme. Même en supposant qu’il faille mettre à la poubelle tout ce qu’ils ont fait (ce qui serait tout à fait délirant), la théorie reste soutenue par tout un tas d’autres organismes de recherche. L’effet est donc minime, voire nul.

Thèse sceptique : la CRU est un élément central du dispositif carbocentriste. Phil Jones, son directeur, était auteur principal du chapitre 3 du dernier rapport du GIEC (un chapitre clé). De plus, le scandale éclabousse aussi d’autres centres de recherches importants du carbocentrisme, comme le GISS.

Synthèse : Le raisonnement consistant à dire « tel point de notre théorie peut bien s’effondrer, il en reste toujours assez » est employé de façon répétée par les carbocentristes, et dans des contextes divers. Un tel argument est un peu trop facile : on peut l’accepter pour des points de second ordre, mais le « Climategate » n’a rien de secondaire. L’importance de la remise en cause du carbocentrisme sera connue quand les codes sources et les éléments techniques données dans les courriels auront été dépouillés. Les courriels « croustillants », eux, laisseront moins de traces dans la science proprement dite.

Quel sera l’effet à long terme du Climategate ?

Thèse carbocentriste : les sceptiques vont s’exciter encore un moment sur ce nouvel os à ronger et, comme à chaque fois, l’affaire fera pschitt. La science pourra alors reprendre sa saine marche.

Thèse sceptique : les carbocentristes sont cuits. Le GIEC devra être dissous. Al Gore a annulé la conférence qu’il devait tenir à Copenhague, preuve que les premiers rats quittent déjà le navire.

Synthèse : on voit mal comment il serait possible qu’il ne se passe rien, parce que le « Climategate » ouvre plusieurs questions : sur le fonctionnement du « peer-reviewing », sur la transparence dans la divulgation des données climatiques, sur les liens entre chercheurs et organisations militantes… L’affaire est loin de se réduire à la seule science, et c’est bien là le problème pour les carbocentristes, qui vont devoir faire face à des assauts sur des fronts multiples.

Le « Climategate » est-il une bonne nouvelle pour les sceptiques ? En ce qui me concerne, je souhaite que le scepticisme l’emporte grâce la science. Je ne suis pas sûr que c’est sur ce terrain-là que les sceptiques marqueront des points avec l’affaire, mais bon : peut-être ne faut-il pas trop faire la fine bouche…

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7 Réponses to “Climategate : Résumé à l’intention des décideurs”

  1. Blanc Cassis Says:

    Bravo pour la synthèse
    Pourquoi ne pas organiser une pétition pour exiger la transparence des données et des calculs sur le climat qui est un bien commun à tous les peuples ?
    Il existe bien pour la corruption financière, une organisme nommé Transparency international

  2. Grand père Bertrand Says:

    Monsieur
    La controverse sur le climat a besoin de sérénité. Merci d’en apporter. Hélas, Jean-François Revel l’a abondamment démontré dans "La connaissance inutile", la recherche de la vérité n’est guère le souci de l’homme de la rue, mais moins encore des "intellectuels" qu’ils soient journalistes, "savants" (comme l’on disait autrefois), historiens, ou philosophes.
    Savonarole à Florence avait sa clique de supporter (les "pleurnichards" qui brûlaient les oeuvres d’art sur les "buchers de vanité"). A Copenhague ou ailleurs, leurs émules inconscients nous feraient volontiers passer le goût du pain pour l’amour de la "Planète", et votre tentative courageuse de médiation et d’apaisement vous vaudras, je le crains, plus de pierres que de bravos.
    J’ajoute qu’il est réconfortant, à l’heure où l’Université (quel beau mot) est si décriée, de voir un de ses membres, se saisir d’une question qui devrait nous concerner tous : la recherche de la saine vérité.

  3. Véronique Anger Says:

    Je suis l’auteur de "La dernière Croisade. Des Ecolos… aux Ecolomaniaques !" (éd. L’Arganier) sorti fin novembre. J’ai également établi un parallèle entre le "climatologiquement correct" et la religion dans une 15aine d’articles depuis 2005.
    De l’écologie à l’intégrisme écologique, il y a un pas que beaucoup ont franchi et que peu ont osé dénoncer puisque les médias « officiels » qui relaient les discours catastrophistes donnent peu la parole à des scientifiques "raisonnables". Toutefois, les interventions de MM. Courtillot et Allègre ces dernières semaines sont la preuve que le ton change. En effet, un autre discours, porté par des scientifiques et/ou de simples citoyens qui ne nient pas l’importance de l’écologie, mais rappellent au contraire (comme les géophysiciens MM. Allègre et Courtillot en France ou leur confrère au Québec Raynald du Berger) que les vraies urgences sont l’eau, les déchets urbains, la surpopulation, l’éducation, la faim et, bien sûr, le remplacement des énergies fossiles par des énergies « propres ».
    Enfin, un discours rationnel « fondé sur des données et des observations scientifiques » commence à essaimer, à résonner et à faire "raisonner" le plus grand nombre.
    Je pense que nos approches sont complémentaires, même si je m’attache davantage, dans mon dernier ouvrage, à analyser l’émergence d’une nouvelle religion plutôt qu’à polémiquer sur la véracité du réchauffement. J’invite d’ailleurs ceux qui veulent un éclairage scientifique et pédagogique à visionner l’exposé de Vincent Courtillot, (membre de l’Académie des sciences, directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) : "Sur le réchauffement" (université de Nantes, septembre 2009). http://www.objectifliberte.fr/2009/09/rechauffement-climatiquecourtillot-expose-erreurs-du-giec.html
    Et, pour aller plus loin sur l’écolomania : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/index.php?option=com_content&task=view&id=185&Itemid=188

  4. Bluebird Says:

    Oui, tout ca c’est bien beau mais ce qui m’ennuie un peu c’est que face aux rapports du GIEC avec chiffres, courbes…etc. on n’a affaire ici qu’à des réfutations du style "c’est pas vrai car c’est faux".

    Où peut-on trouver la courbe de Mann reconstruite selon les dernières découvertes en dendrochronologie et faisant réapparaître l’optimum climatique médiéval et le minimum de Maunder ?

    Où peut-on trouver la courbe qui montre que l’augmentation de CO2 est consécutive à l’augmentation de température ?

    Où peut-on trouver la mise en parallèle activité solaire-température-CO2 ?

    Désolé mais j’ai vu tellement d’âneries écrites par des pseudo-sceptiques et je me demande à présent pourquoi on n’a pas encore publié un contre rapport similaire à ceux établi par le GIEC pour donner un peu de corps, de crédibilité et de synthèse aux arguments des climatosceptiques

  5. Benoît Rittaud Says:

    La nouvelle courbe de Mann et al. est parue le 27 novembre dans

    Michael E. Mann, Zhihua Zhang, Scott Rutherford, Raymond S. Bradley, Malcolm K. Hughes, Drew Shindell, Caspar Ammann, Greg Faluvegi, and Fenbiao N: Global Signatures and Dynamical Origins of the Little Ice Age and Medieval Climate Anomaly, Science 326 (5957), 1256. [DOI: 10.1126/science.1177303].

    Il y a plusieurs publications concernant le décalage CO2-température dans le carottes de glace. Honnêtement, je crois que l’existence de ce décalage (température d’abord, puis CO2 ensuite, avec environ mille ans de retard) n’est contesté par personne. Des références sont :

    Petit et al., 1999 :
    http://www.nature.com/nature/journal/v399/n6735/abs/399429a0.html
    Monnin et al., 2001 :
    http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/291/5501/112
    Caillon et al., 2003 :
    http://icebubbles.ucsd.edu/Publications/CaillonTermIII.pdf

    À ma connaissance, il n’y a pas de parallèle fait entre activité solaire et CO2 (mais je peux me tromper) ; en revanche, en effet, des chercheurs pensent qu’il existe un lien fort entre température et activité solaire. Une référence parmi d’autres :
    Veizer J. (2005), Celestial climate driver: A perspective from four billion years of the carbon cycle, Geoscience Canada, 32, 1, 13-28.

    Je suis bien sûr d’accord avec vous pour dire qu’il y a des âneries écrites par des sceptiques – tout comme il y en a aussi du côté des carbocentristes. Le contre-rapport dont vous parlez existe : c’est celui du NIPCC (le "Non-GIEC"), dirigé par Fred Singer, paru en 2008 et dont vous pourrez lire une traduction française sur le site Pensée-Unique :
    http://www.pensee-unique.fr/NIPCC_VF_04.pdf

  6. BLARD Jean-Louis Says:

    La seule question qui vaille à ce jour est bien de savoir si l’homme est le responsable du "supposé" changement climatique?
    Tout le reste n’est que perte de temps!
    N’était-il pas possible d’imaginer une instance mondiale en charge, mais avec transparence, de réunir les "vraies bonnes personnes" capables de laisser de côté leur égo, et d’essayer d’y voir clair?
    Bien sûr qu’il va falloir envisager l’après carbone!
    Bien sûr que l’on se doit être économe de la moindre ressource!
    Mais cela doit devenir l’affaire de chacun et non pas un comportement commandé par ces nouveaus gourous écolomaniaques.
    On a eu tort de laisser l’écologie aux écolos!

  7. Maurice Says:

    Le changement climatique n’est-il pas le moyen de nous faire acheter du matériel et matériau qui donne des bénéfices conséquents aux sociétés concernées ?

    Dans le lot il y en a de nécessaire, des améliorations de l’habitat, bien sûr vu l’état des constructions, mais pas au point catastrophique qu’il nous ait dit, les bâtiments ne sont pas en si mauvais état d’isolement.

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