De Stalingrad à Copenhague

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Le président Pompidou, à qui l’on demandait un jour quel était son dossier le plus urgent à traiter, répondit : « c’est de lire La Gloire de l’Empire », cette fascinante uchronie de Jean d’Ormesson (Gallimard, 1971). Dans cette veine, alors que le Climategate et la conférence de Copenhague font rage, je pense qu’il est aujourd’hui urgent de regarder cette passionnante vidéo : « Le Mythe de la bonne guerre » de Jacques Pauwels. (Il n’est pas absolument nécessaire de l’avoir vue pour lire le présent billet, mais ne manquez pas de le faire dès que vous pourrez.) Le passage suivant (entre 42’ et 46’) a particulièrement retenu mon attention :

Le tournant de la guerre, c’était quand ? (…) Beaucoup de gens croient que [c’est lors du débarquement en Normandie, en juin 1944]. (…) Pas du tout ! Le tournant est auparavant. Stalingrad ? Même pas ! (…) C’est le 5 décembre 1941. (…) C’est [le jour de] la première contre-attaque soviétique devant Moscou. Ce jour-là, ont sait que ses généraux ont dit à Hitler : (…) « Vous allez perdre la guerre. » (…) Ce jour-là, Hitler a compris (…) qu’il allait perdre la guerre. Mais personne ne le savait. C’est pour ça que beaucoup de gens croient que c’est à Stalingrad, le tournant de la guerre. Non, parce qu’à Stalingrad, tout le monde savait que l’Allemagne allait perdre la guerre. Mais Hitler le savait déjà un an auparavant.

N’étant pas un spécialiste, je ne puis garantir que ces propos d’histoire militaire sont pertinents. Néanmoins, ils suggèrent une analogie avec le carbocentrisme que j’espère intéressante. (Et, comme les futurs lecteurs de mon ouvrage le découvriront, l’analogie est un mode de réflexion qui me semble utile, à la capitale condition près de garder à l’esprit qu’une analogie ne constitue pas un élément de preuve mais seulement une incitation à la réflexion.) Parmi les sceptiques, beaucoup (dont moi) ont la certitude que le carbocentrisme va finir par s’effondrer, et que cet effondrement n’est somme toute qu’une question de temps. De mon point de vue, ces sceptiques sont dans la situation des responsables des États-majors des armées engagées dans la guerre fin 1941 selon ce que décrit Pauwels : tous connaissent l’issue à venir de la guerre, alors que le grand public, lui, l’ignore encore. Ce que le public continue à voir, ce sont les victoires de l’armée allemande ; l’inévitable retournement à venir ne peut être perçu que par ceux qui s’intéressent de près aux événements. C’est à la bataille de Stalingrad (fin 1942), nous explique Pauwels, que tout le monde comprend, et non plus seulement les observateurs les plus attentifs. Dans cette perspective, Stalingrad n’est donc pas le « tipping point » de la guerre, mais seulement le moment où l’évidence, jusque là souterraine, apparaît au grand jour. C’est en ce sens que le Climategate pourrait bien être comparable à Stalingrad. Il permet, enfin, au scepticisme climatique d’obtenir une large couverture médiatique (bien qu’à contrecœur de la part de certains médias), et laisse croire à une percée soudaine et inespérée. Mais la victoire du scepticisme s’est probablement dessinée beaucoup plus tôt : sans les assauts sceptiques de Steve McIntyre, Ross McKitrick, Patrick Michael, John Christy ou Richard Lindzen (entre autres), bien des mails du Climategate n’auraient pas existé. Et sans l’explication « anticipée » de McIntyre présentée dès 2005, qui aurait mis en doute les explications de Phil Jones sur le fameux « trick to hide the decline » ? Copenhague n’a pas pu éviter le Climategate, dont il a été question dès le premier jour de la conférence. Ainsi, et sans présager des intentions initiales de celui (ou ceux), taupe ou pirate, qui a divulgué le fameux dossier, le Climategate est désormais une composante indissociable de Copenhague. La faiblesse apparente des avancées carbocentristes à cette conférence actuellement (16 décembre), et notamment la ligne prudente des Américains et les justifications préventives de la Chine si les négociations venaient à échouer… tout ça me laisse penser que la conférence va être un échec, par-delà les probables effets d’annonces auxquels il faut s’attendre au soir de la clôture, le 18 décembre. C’est ainsi que ce jour-là, peut-être, tout le monde pourra savoir que le carbocentrisme a perdu. Même si les moins avertis des carbocentristes, eux, ne le sauront peut-être pas encore.

(commentaires à faire sur Skyfal)


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