Archives de la catégorie ‘À propos de l'actualité’

Les non-reproches de Daniel Schneidermann à Pascal Bruckner

5 octobre 2011

Daniel Schneidermann a publié hier l’éditorial que voici, intitulé « Bruckner, les Verts et Pétain » : Lisez la suite sur Skyfall…

Une démission pour publication non conforme

5 septembre 2011

L’une des preuves les plus convaincantes du fait que les carbocentristes ont virtuellement perdu, c’est que tout assaut de leur part se retourne à peu près invariablement contre eux. Le dernier exemple en date serait presque comique s’il n’affaiblissait une fois encore la science en général et le processus de revue par les pairs en particulier. Lisez la suite sur Skyfall…

Le miracle du CO2.

8 avril 2010

La récente suppression de la taxe carbone attribuée aux écolos-sceptiques (1) et la pétition de 600 et quelques scientifiques déclarés du climat met à l’honneur des journaux les sceptiques du climat, récalcitrants à se laisser entrainer dans le carbocentrisme. Le Grenelle ÌI risque d’être un peu mouvementé aussi. Dans la rubrique Opinions du Monde, voici que certains détectent "Un étonnant effet collatéral du changement climatique".

Il est reproché aux sceptiques déclarés de l’amalgame, de la confusion (ou du confusionnisme mais désolé, je n’ai pas envie de chercher la différence), du vocabulaire dépréciatif et de la démagogie. Diantre ! Les arguments y sont toutefois classiques pour qui est un habitué du débat sur le climat depuis un certain temps et les arguments d’autorité réitérés :  rien de bien nouveau (2).  On pourrait appliquer aux arguments développés les mêmes qualificatifs énumérés ci-dessus. Ainsi, ils reprochent à messieurs Ewald et Atlan respectivement auteurs d’articles ouvertement sceptiques dans les Echos et dans Le Monde,  d’avoir une opinion sur une spécialité qui n’est pas la leur. En conclusion, les auteurs reconnaissent bien à la société le droit de faire un choix sur le "que faire" face au RCA, mais on pourrait aussi leur rétorquer qu’ils ne sont pas des spécialistes de la démocratie, et que le débat public ne se réduit pas au seul "que faire ?".

Moins fréquente dans les débats est la partie de cette tribune sur Climat et société, parce qu’elle montre bien la dimension holistique de l’hypothèse carbocentriste pour les maux actuels et à venir de notre planète.  (3). Ce paragraphe est un bel exemple de mélange entre conviction de citoyen et résultats de la science, comme le notait judicieusement Laurent Joffrin dans Libération. On essaye de vous convaincre qu’en jouant la lutte contre le RCA, on est doublement gagnant dans la résolution des maux de la planète : on résout un vieux problème persistant, que jusqu’à présent on n’a pas su ou pu traiter, et en prime, la lutte contre le RCA avance : tout cela dans une perspective de développement durable, cela va sans dire. Exemple est donné avec la taxe carbone, qui pourrait être à double détente, pardon à quadruple détente : baisse des émissions de CO2, allègement des charges du travail, financement des minima sociaux et de la sécurité sociale. On peut même ajouter diminution du gaspillage d’énergies fossiles et promotion des énergies renouvelables. C’est véritablement le gros lot. (more…)

Greenpeace fait marche arrière

7 avril 2010

Le billet publié par Greenpeace qui constituait en des termes à peine voilés un appel à la violence (voir la traduction ici) a finalement été retiré hier (mais reste accessible par « souci de transparence »). Ananth, directeur du programme international de Greenpeace, explique ceci à l’endroit du texte controversé :

Il est très facile de mal interpréter ces propos, de les sortir de leur contexte et de suggérer qu’ils impliquent des choses sans rapport avec nos pratiques de désobéissance civile – celles-ci étant le vrai sujet du billet. Quiconque connaît Gene sait que c’est un gars parfaitement pacifique. (…)

Nous nous sommes trompés, cette fois-ci, il n’y a aucun doute. Au nom de l’organisation, je déclare que je suis désolé. L’action pacifique est au cœur même de notre action, et toute manière de parler qui ne ferait même que suggérer le contraire est quelque chose que nous ne pouvons accepter. (…)

Le débat sur le changement climatique se caractérise souvent par plus de chaleur que de lumière, pour cette raison, nous devons tous faire attention à la manière dont nous nous exprimons.

Des excuses un rien alambiquées certes – c’est la loi du genre. Toujours est-il que je fais pleinement mien le dernier paragraphe cité ci-dessus. Je suis donc d’autant plus fondé à regretter le paragraphe qui vient juste après :

Bien sûr, la brigade anti-science sur internet s’est emparée du billet de Gene pour l’utiliser (et l’utilisera encore, et encore et encore), séparé de son contexte – ainsi procèdent les contradicteurs du climat.

(Dans l’original : « Of course the anti-science brigade on the web has seized on the line in Gene’s post and run with it (and will run and run and run), taken it out of context and run with it some more – it’s what the climate contrarians exist to do. »)

Malgré cela, reconnaissons à Greenpeace qu’ils font là amende honorable. Puissions-nous tous en prendre de la graine et nous en inspirer le moment venu.

Le vrai scandale du climat

6 avril 2010

[Voici la seconde partie d’un éloquent point de vue proposé par Greenpeace sur son site officiel. Mille mercis à Murps pour sa traduction. Andrew Davies précise à la fin du billet que son auteur, Gene, est quelqu’un de « pacifique », et que Greenpeace aussi. « Je connais Gene, explique-t-il, c’est un gars vraiment pacifique qui croit à la puissance de la protestation pacifique pour changer le monde. Quelques personnes tentent de le dépeindre autrement. Lisez seulement ce qu’il dit dans son contexte. Il est très précis sur ce qu’il pense que les gens devraient faire. » Lisons donc…]

Il y a trois mois, dans une tentative inédite qui aurait pu avoir de grands effets, le petit état de Micronésie a écrit au ministre tchèque de l’environnement pour contester l’extension de Prunerov 2, la plus polluante des centrales à charbon du pays. La raison ? la production de CO2 de cette centrale et d’autres du même type pourrait faire que certaines îles du Pacifique de faible altitude – y compris celles qui n’ont pas de frontière avec les pays pollueurs – se retrouvent submergées en raison de la hausse du niveau des mers.

Cela aurait pu constituer enfin la rencontre entre la cause et l’effet devant une cour. Mais cela ne s’est pas produit.

Quand Dusik, le ministre de l’environnement, a demandé au Premier Ministre que le projet d’extension de Prunerov soit rejeté, il lui fut expliqué que c’était impossible. Plutôt que de se soumettre aux industries des énergies fossiles, Dusik a démissionné, en expliquant que la pression des lobbys était trop dure à supporter. (more…)

Tribune libre de Bernard Legras

5 avril 2010

[Ci-dessous la version définitive de cette tribune libre, avec mes remerciements à son auteur. Les consignes de courtoisie dans les commentaires restent bien sûr valables. BR]

En tant que signataire de l’appel des scientifiques, je pense qu’il est utile d’apporter les précisions suivantes. Notez que je m’exprime ici à titre personnel et que cela n’engage pas automatiquement les autres signataires.
Cet appel ne s’adresse pas qu’à la ministre. Si celle-ci a été mise en premier dans la liste, c’est pour une question de préséance. Les autres destinataires,  le président de l’académie des sciences, le directeur du CNRS, de l’agence d’évaluation ou du COMETS n’appartiennent pas que l’on sache au personnel politique. C’est une déformation commode du sens de la lettre que de dire qu’elle interpelle les politiques pour qu’ils donnent un avis dans une débat scientifique. Ce qui était demandé à la ministre était qu’elle mette en mouvement les autorités scientifique et non pas qu’elle donne directement un avis. C’est exactement ce qu’elle a fait en demandant à l’Académie des Sciences de se saisir de l’affaire. La lettre interpelle avant tout les responsables scientifiques et notamment l’Académie des Sciences dont le rôle est d’éclairer le Prince et qui, dans le cas présent, n’a pas éclairé grand chose jusqu’ici à mon sens. C’est aussi à ces autorités de faire respecter les règles du jeu scientifique, en particulier celles relatives à l’éthique. C’est elles que l’on saisit en cas de cas de conflit sur ce point ou en cas de fraude et c’est bien à elles que la lettre s’adresse.

Il ne s’agit bien évidemment pas de censurer la science. Un débat scientifique est demandé et ce débat, MM. Allègre et Courtillot le fuient depuis 3 ans car ils sont assurés d’être défaits. J’entends par débat une vraie discussion scientifique approfondie devant des pairs indépendants avec le temps de discuter et vérifier les arguments. Cela ne se tient pas sur un plateau de télévision.

La posture de victime persécutée d’Allègre et Courtillot fait partie de leur jeu depuis le début. Toute critique et toute réfutation sont par définition la preuve de l’acharnement de la mafia du GIEC pour empêcher la lumière de se faire. Je conçois que beaucoup d’honnêtes gens tombent encore dans le panneau mais si on montre que cela cache le vide, cette gestuelle va finir par lasser et se retourner contre eux.

C’est dans cet esprit que j’ai contribué à cette lettre et que je l’ai signé.

Tribune libre de Bernard Legras : mise en attente

5 avril 2010

Bernard Legras viens de m’écrire pour m’indiquer qu’il va finalement m’envoyer un texte plus précis que celui qui a été publié ce matin. En attendant, je retire son premier texte, et mettrai le nouveau dès qu’il arrivera (et que je serai devant mon ordinateur, ce qui ne sera pas le cas toute l’après-midi).

Lettre ouverte aux signataires de l’appel « Éthique scientifique et sciences du climat »

2 avril 2010

Messieurs les Académiciens,
Mesdames et messieurs les directeurs de centres de recherches,
Chers collègues,

Vous êtes à présent environ cinq cents à avoir signé cette pétition dont l’objet est d’obtenir une mise à l’index des livres de Claude Allègre et Vincent Courtillot de la part de vos ministres et organismes de tutelle. Vous invoquez pour cela le « pacte moral » qui lie les scientifiques à la société, et vous vous indignez d’accusations d’impostures, qui constituent pour vous une insulte à votre intégrité.

Le débat qui nous agite autour du climat est un débat fondamental, car de la manière dont la société décidera de le trancher pourrait découler une modification profonde de notre organisation sociale. La rigueur scientifique y est donc plus que jamais indispensable, et vous avez raison de parler de pacte moral entre la science et la société. L’un des éléments les plus essentiels de ce pacte est la stricte séparation entre le travail scientifique et la parole politique. Comme l’histoire des sciences le montre aisément, et comme l’avait déjà compris Max Weber, le mélange entre science et politique conduit immanquablement à un affaiblissement de la première. Personne parmi vous, sans doute, ne souhaite voir se répéter les errements auxquels a parfois conduit un tel mélange.
C’est pourtant à cela que, de manière sûrement involontaire, votre initiative conduit inévitablement. Votre pétition, en effet, demande expressément une réaction des structures référentes de la recherche publique. Qui donc, parmi vous, pense que l’honneur des scientifiques repose dans une prise de position que pourrait prendre un ministre sur la théorie scientifique que vous défendez ? À l’évidence, tout appui que vous pourriez recevoir sera logiquement interprété comme étant de nature partisane, ne faisant que refléter la réalité de jeux de pouvoir qui vous échappent. Où est donc la science dans tout cela ?

La forme de votre initiative est donc une double méprise. La première méprise consiste à demander au pouvoir politique de prendre parti contre des personnes ayant publié des livres. Cela s’apparente fort à une tentative d’entrave à la liberté d’expression. Plus grave encore, cette velléité de censure qui ne dit pas son nom s’appuie sur une invocation du « filtre standard des publications scientifiques », rapprochant ainsi de façon coupable les procédés de revue par les pairs d’une censure légale.
Comment a-t-il pu vous échapper que les éditions Plon, qui publient le livre de Claude Allègre, aussi bien que les éditions Odile Jacob, qui publient celui de Vincent Courtillot, ne sont pas, n’ont jamais été, et n’ont pas à être soumis au processus de revue par les pairs ? Ces deux éditeurs ont leur propre politique éditoriale, qu’ils délimitent de la manière qu’ils veulent. Ils n’ont en aucune manière à rendre des comptes au CNRS, au ministère de la Recherche, ou à n’importe quelle autre structure institutionnelle. Ces dernières n’ont pas davantage à donner leur avis dessus, sollicité ou non.
Bien sûr, la liberté d’expression n’est pas absolue, et un cadre existe pour en délimiter les contours. C’est cela qui amène à votre seconde méprise : avoir ignoré le rôle de la justice. Celui qui estime être l’objet d’une diffamation peut demander réparation à la justice, seule habilitée à trancher ce type de litige. Si celle-ci n’a certes pas pour rôle de trancher un débat scientifique, elle a en revanche celui de déterminer si telle ou telle déclaration a un caractère infamant. Il existe des cadres pour régler certains différents ou infractions à la loi, des espaces pour débattre (les médias) mais il n’existe heureusement plus un quelconque « droit divin » en vertu duquel on pourrait sanctionner pour délit d’opinion.

En dévoyant le sens du processus de relecture par les pairs, aussi bien qu’en soumettant votre travail à l’imprimatur de structures politiques, vous ne réalisez sans doute pas la portée de votre geste. Votre assaut dérisoire se fait au prix d’un précédent extrêmement dangereux, qui fragilise la science dans son ensemble et va contribuer à affaiblir plus particulièrement la climatologie. Nous touchons là à des idées qui vont bien au-delà du seul débat sur le climat : la place de la science, la liberté d’opinion.
Ainsi, vous avez fait un pas de trop. S’il est parfaitement légitime de votre part de vouloir défendre la justesse de votre cause et la rigueur de vos travaux, en aucun cas tout cela ne peut justifier un appel à la censure et à l’arbitraire. Il n’y a pas de science officielle dans ce pays, fut-elle publique. En invoquer une ne peut qu’accroître le doute et la confusion. La légitimité des travaux menés en climatologie passe par d’autres voies que la désignation à la vindicte de boucs émissaires, et il nous revient à tous de faire en sorte que ne s’éteigne pas une certaine idée de la science.

Benoît Rittaud.

Pour mémoire, revoici l’appel dans son intégralité, disponible ici :

Deuxième version, 29 mars 2010.

Destinataires :

Mme la Ministre de la Recherche
M. le Directeur de la Recherche
M. le Président de l’Académie des Sciences
Mmes et MM. les Directeurs des acteurs de la recherche publique regroupés au sein de l’Alliance thématique AllEnvi (BRGM, CEA, CEMAGREF, CIRAD, CNRS, CPU, IFREMER, INRA, IRD, LCPC, Météo France, MNHN)
M. le Président de l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur
M. le Président du Comité d’Éthique du CNRS

Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté.

Un pacte moral relie les scientifiques et la société. Rémunérés principalement par les crédits publics, les scientifiques doivent déployer une rigueur maximale, pour la conception, la réalisation, la publication de leurs travaux. Leurs pairs sont les arbitres de cette rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats. Les hautes instances scientifiques sont les garants de cette rigueur. C’est sur cette éthique scientifique que repose la confiance que la société peut accorder à ses chercheurs.

Reconnaître ses erreurs fait également partie de l’éthique scientifique. Lorsqu’on identifie, après la publication d’un texte, des erreurs qui ont échappé aux processus de relecture, il est d’usage de les reconnaître, et de les corriger, en publiant un correctif. Ainsi, des glaciologues ont mis en évidence une erreur dans le tome 2 du 4ème rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat («Impacts, Adaptation et Vulnérabilité, chapitre 10 : Asie») concernant le devenir des glaciers de l’Himalaya. En l’absence de procédure formelle d’«erratum», le GIEC a publié son «mea culpa» ( http://www.ipcc.ch/pdf/presentations/himalaya-statement-20january2010.pdf), reconnaissant l’erreur, et soulignant que les processus de relecture du rapport n’avaient pas fonctionné pour ce paragraphe. En cela, le GIEC a respecté la déontologie scientifique.

Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leurs domaines respectifs dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique – comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010), pointant les prétendues «erreurs du GIEC», comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob, 2009) et dans des séminaires académiques. Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire.

Ces ouvrages n’auraient pu être publiés si on leur avait simplement demandé la même exigence de rigueur qu’à un manuscrit scientifique professionnel. De nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s’ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique. Leurs auteurs oublient les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société.

Ces attaques mettent en cause la qualité et la solidité de nos travaux de recherche, de nos observations, études de processus, outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale.

Vous constituez les structures référentes de la recherche scientifique française. Les accusations publiques sur l’intégrité des scientifiques du climat sortent des cadres déontologiques et scientifiques au sein desquels nous souhaitons demeurer. Nous pensons que ces accusations demandent une réaction de votre part, et l’expression publique de votre confiance vis-à-vis de notre intégrité et du sérieux de nos travaux. Au vu des défis scientifiques posés par le changement climatique, nous sommes demandeurs d’un vrai débat scientifique serein et approfondi.

Liste des premiers signataires

Valérie Masson-Delmotte (LSCE)- Edouard Bard (Collège de France / CEREGE)- François-Marie Bréon (LSCE)- Christophe Cassou (CERFACS)- Jérôme Chappellaz (LGGE)- Georg Hoffmann (LSCE)- Catherine Jeandel (LEGOS)- Jean Jouzel (LSCE)- Bernard Legras (LMD)- Hervé Le Treut (IPSL)- Bernard Pouyaud (IRD)- Dominique Raynaud (LGGE)- Philippe Rogel (CERFACS)

Sur Claude Allègre

30 mars 2010

Comme la question m’est très souvent adressée, j’ai décidé de passer un moment à mettre en ordre mes idées sur Claude Allègre, aussi bien sur ce qu’il représente que sur son dernier livre, L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010, avec Dominique de Montvalon).

Soyons clair : je suis très mal placé pour donner un avis. Certes, je ne connais pas Claude Allègre personnellement et n’ai jamais collaboré d’aucune manière avec lui, mais cela est loin de garantir ma neutralité.

D’un côté en effet, j’ai un intérêt objectif à me montrer l’allié de celui qui est le représentant le plus connu en France de la cause climato-sceptique. Je lui ai envoyé mon livre, il m’a rendu la politesse en me faisant parvenir le sien avec une très élogieuse dédicace. Il est quelqu’un d’influent, qu’il vaut mieux avoir avec soi que contre soi. Récemment, il a mentionné mon ouvrage en des termes flatteurs sur un plateau de télévision et, pour se défendre de l’une des critiques qui lui a été adressée, a écrit à Sylvestre Huet (journaliste à Libération) les mots suivants : (more…)

Etiquettes.

29 mars 2010

L’émergence, la virulence et la bipolarisation d’un débat public se traduit souvent par la création d’étiquettes ou de surnoms entre les partisans de telle ou telle option. Madame Jouanno a inventé ou repris le terme d’écolo-sceptique, catégorie manifestement plus vaste que celle de climato-sceptique, peut-être synonyme  du climato-cynique de M. Borloo . Mais voilà que Le Monde Magazine de ce week end met à la une, une enquête chez les écolo-sceptiques. Je pensais trouver donc des indications sur cette puissante communauté qui a su faire tomber la fameuse taxe carbone …

Qui sont les écolo-sceptiques au sens de cet article ? Messieurs Gérondeau, Courtillot, Galam, Lecourt et Lecointre : quatre climato-sceptiques (dont un polytechnicien, un géologue, classé suppôt d’Allègre, un physicien, un philosophe des sciences) et un biologiste de l’évolution. Il faut y ajouter aussi Bruckner, essayiste, Luc Ferry, ex-ministre et philosophe et Olivier Postel-Vinay du magazine Books, sceptique en 1986. Population disparate d’individualités, qui ne saurait avoir l’influence prêtée.

Pour résumer l’article, les écolo-sceptiques seraient des orphelins du rationalisme scientifique, voire des dinosaures du positivisme ou des scientistes à la Auguste Comte, influencés, au choix, par les libertarians US (c’est vraiment un TRES gros mot pour Le Monde), Claude Allègre, les ingénieurs de la technostructure, les contrarians US voire des maurassiens. L’AFIS, qui est toujours restée très prudente sur la question du RCA, serait également une manifestation de ce rationalisme scientifique, alors que le paradigme nouveau magnifié par la climatologie, celui du scientifique lanceur d’alerte de la crise environnementale est devenu le moteur de la science et a colonisé les grandes revues scientifiques (et le débat politique).

De la science porteuse de progrès et de jours meilleurs, on passe à la science révélatrice des effets pervers des sociétés humaines (et de la notre en particulier) sur la Terre. Dans ces deux cas, pour autant que les personnalités mises en exergue soient bien des héritiers conscients ou inconscients du positivisme dont on les affuble (je ne suis pas sur que cela ne fasse pas insulte à leur intelligence), la science, en tant qu’activité humaine, s’avère porteuse d’un rôle sociétal voire idéologique., qui justifie son emprise dans la vie publique. Dans les deux cas, elle est conduite à se substituer pour tout ou partie à la décision politique, puisqu’elle apporte la vérité sur le réel. Ce sont toutefois deux vues réductrices et utilitaristes des sciences et qui conduisent à anesthésier tout débat, justifié par leur utilitarisme proclamé.

Je préfère le chemin tortueux et difficile de ceux qui s’interrogent au risque de s’égarer, qui ne suivent pas les boulevards et prennent de la distance avec les remous de la vie contemporaine sans les ignorer : ils apportent plus que ceux qui masquent leurs débats intérieurs au motif d’une utilité qui de toute façon les dépasse. Et je me méfie des étiquettes que l’on colle car elles masquent plus qu’elles ne révèlent la complexité du monde et des individus.

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Au passage un exemple de pseudo-science.


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