Réchauffement climatique : l’effondrement politique et économique

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[Petit état des lieux de l’état d’esprit qui règne au Royaume-Uni, par Philip Stott, célèbre scientifique britannique sceptique.]

Par le professeur Philip Stott – Samedi 30 janvier 2010

L’effondrement a été plus rapide que n’importe qui aurait pu le prévoir. L’exclusion humiliante de la Grande-Bretagne et de l’Union Européenne à la fin de la débâcle de Copenhague était en partie attendue, mais elle a été brutale dans son exécution finale. Le passage du pouvoir au groupe de pays BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine) avait également été signifié depuis quelque temps mais, là encore, il est venu avec une facilité précipitée, permettant même au président américain Barack Obama de n’avoir plus aucun doute sur l’endroit où l’ordre du jour politique sur le changement climatique se dirigeait alors, à savoir le monde en développement, et tout spécialement à l’Est et dans la Ceinture du Pacifique. Les troupes dirigistes de la « Vieille Europe », avec son amour des objectifs sans signification et le plafonnement du carbone, ne seront plus un poids, et Obama lui-même a été bâillonné par les électeurs du Massachusetts, par les Démocrates de la ceinture-de-rouille [rust-belt], par un Congrès truculent, par un public américain de plus en plus sceptique et désabusé, mais, surtout, par la crise financière. Désormais, rien ne pourra plus infléchir le développement économique, de la Chine au Connecticut, de l’Afrique à l’Alaska.

Et, comme toujours, le capitalisme a lu dans la boule de cristal, en remisant tranquillement des postes de marché du carbone et en mettant à l’écart des «emplois verts» ; même de grandes compagnies d’assurance commencent à couvrir leurs propres paris sur l’avenir du Grand Récit du Réchauffement Climatique. Ces rats quittent le navire qui coule beaucoup plus vite que n’importe quel politicien. Beaucoup d’entre eux vont être abandonnés, laissés là, toujours accrochés aux mâts, alors que le Bon Navire du Réchauffement Climatique fonce sur des icebergs titanesques dans les océans en furie du doute et de l’illusion.

L’effondrement scientifique

Et que peut-on dire au sujet de la « science » ? Elle paie déjà cher pour son usage abusif de la liberté d’information, pour son copinage inacceptable, pour son arrogance inhabituelle, et pour la mauvaise et honteuse utilisation des données à tous les niveaux, des mesures de température aux glaciers en passant par la forêt tropicale amazonienne. Qui pis est, le dévoiement de la méthode scientifique, et celui du légitime scepticisme scientifique, au profit d’orientations politiques et de propagande pourrait bien faire du tort à la science en général – et pas seulement la science du climat – aux yeux du public pour des décennies. Les attaques épouvantables pré-Copenhague par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, et son acolyte du changement climatique, Ed Miliband, contre ceux qui ont osé critiquer la science du changement climatique ont été parmi les plus impardonnables que je puisse me rappeler.

Il est de plus salutaire qu’une bonne partie du trouble provienne aujourd’hui de l’Inde. En effet, le non-sens qui fit autorité sur le sous-continent indien a été particulièrement grave dans la science du changement climatique ; il a d’ailleurs longtemps été jugé ainsi par de nombreux experts sur la région. Mon ami et collègue de l’ex-SOAS, le Dr Robert Bradnock, une autorité mondiale sur le sous-continent, a du contenir sa colère pendant des années à propos du dévoiement des données et des informations relatives à cette partie essentielle du monde. En juin 2008, il écrivait :

« Toutefois, dans mon propre domaine étroit de recherche, je sais que bon nombre des allégations concernant l’impact du « réchauffement de la planète » au Bangladesh, par exemple, sont totalement infondées. Il n’existe aucune preuve que les inondations ont augmenté un tant soit peu ces dernières années. La sécheresse et des pluies excessives sont l’expression de la nature même du système des moussons. La production agricole, loin d’avoir été décimée par une aggravation des inondations au cours des vingt dernières années, a pratiquement doublé. Au début des années 1990, Houghton a publié une carte des prétendus effets de l’élévation du niveau de la mer sur le Bangladesh. Venant d’un Membre de la Royal Society, ancien chef du Service météorologique national et président du GIEC, ces propos ont été largement acceptés, et souvent reproduit. Pourtant, ceux-ci montrent une incompréhension des processus complexes qui forment le delta du Bengale, et ils induisent gravement en erreur. En outre, malgré les déclarations répétées du WWF, de Greenpeace, et, malheureusement, de Christian Aid, la fonte des glaciers de l’Himalaya est d’une importance tout à fait marginale pour les agriculteurs des plaines de la Chine, de l’Inde, du Bangladesh et du Pakistan. Et l’on pourrait continuer ! »

L’effondrement des médias

On pourrait en effet ! Mais nous n’aurons peut-être plus besoin de le faire bien longtemps. Pourquoi ? Parce que le plus grand effondrement est dans les médias, le mécanisme même grâce auquel le dévorant Grand Récit du Réchauffement Climatique s’est propulsé au cours des dix ou vingt dernières années.

La rupture du « Mur médiatique » a commencé dans les tabloïds et dans les « tops rouges » (journaux anglais populaires), comme le Daily Express, le Daily Mail et le Mail on Sunday, mais aujourd’hui il se propage rapidement – encore une fois plus vite que ce que la théorie prévoit – aux soi-disant « poids lourds » et à la BBC. Par le passé, ces derniers ont accordé la plus haute importance à des histoires et des programmes non critiques, limitant tout commentaire sceptique à quelques citations ignorantes, souvent données sur un ton sarcastique et coincées à la toute fin du reportage (« Pour l’équilibre, tu vois »). Aujourd’hui, c’est l’inverse qui devient vrai, avec le fidèle « réchauffement climatique » irrésistiblement relégué au second plan. Dans notre monde post-moderne, c’est le langage journalistique qui est le véritable indicateur d’un nouvel ordre des médias. Écouter le bon vieux Roger Harrabin, ce matin, dans le programme phare « Today » sur BBC Radio 4, a été une révélation : la langue, et même le style, avaient changé radicalement.

Les perdants potentiels

L’effondrement est tellement précipité qu’il y aura inévitablement quelques gros perdants surpris par tout cela. Le Met Office britannique pourrait bien en être un : songeons que même la BBC est en train, à juste titre, de revoir son contrat avec lui ! En ce moment, les porte-parole du Met Office paraissent étranges, bizarres. Ils bêlent à propos du « réchauffement climatique » des phrases comme des moutons robotisés, bien qu’ils aient de plus en plus de mal pour nous jeter leur poudre aux yeux. Cela évoque irrésistiblement 1984 et, pour tout dire, c’est plutôt rafraîchissant. Il est évident que l’organisation est atteinte d’un autre état classique, la « dissonance cognitive ». Cela se produit lorsqu’une croyance persiste aveuglément, même lorsque les faits avérés commencent à contredire la croyance. Malheureusement, plusieurs de nos organisations publiques et privées se sont commises bien trop gravement dans des conflits d’intérêts liés au « réchauffement climatique », de même que trop de politiciens et d’activistes. Ceux-là sont de plus en plus effrayés, bon nombre n’avaient aucune idée de la façon dont ils leur faudrait réagir, ou s’adapter, face à l’effondrement. Il sera particulièrement intéressant de voir comment, au bout du compte, la Royal Society poussera ses pions, surtout si la concurrence des paradigmes scientifiques, tels celui du rôle clé joué par la vapeur d’eau dans le changement climatique, commence à faire reculer le paradigme actuel, selon le schéma classique.

Certains journaux, comme le mien [DNOC] ou The Times, ont également été un peu lents à saisir l’ampleur de l’effondrement (même si Ben Webster a vaillamment tenté de contrer cela avec quelques bons articles) ; pourtant, même eux semblent finalement tenir compte des changements remarquables qui se produisent. Aujourd’hui, par exemple, The Times effectue une brève mais instructive critique de la «science» de Lord Leach of Fairford.

Qu’est-ce que cela signifie ?

J’ai longtemps prédit, y compris en public, que la Conférence de Copenhague pouvait s’avérer être le début de la fin pour le Grand Récit du Réchauffement Climatique. Il se pourrait que j’aie bien eu raison, et je pourrais même avoir considérablement sous-estimé la rapidité et le caractère affolant de la chute.

Où tout cela laisse nos politiciens et les partis politiques du Royaume-Uni ; où cela laisse la science du climat, les scientifiques en général et la Royal Society ; où cela laisse la politique énergétique ; où cela laisse le mouvement « Vert » ; et où cela laisse nos médias; tout cela devra être le sujet de nombreux commentaires et analyses ultérieurs.

Pour le moment, nous ne devons pas sous-estimer l’ampleur de l’effondrement. Académiquement, c’est très surprenant à observer. Et les conséquences politiques, économiques et scientifiques seront profondes.

Traduction par Manu95

Sources :

Global warming: The Political And Economic Collapse

The Clamour Of The Times (l’original, mais difficilement accessible) :

http://climaterealists.com/index.php?id=5013 (copie partielle)

http://antigreen.blogspot.com/2010_01_01_archive.html –  Sunday, January 31, 2010 (la plus complète après l’original, c’est celle-ci qui a été traduite)

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13 Réponses to “Réchauffement climatique : l’effondrement politique et économique”

  1. pecqror Says:

    Rien a voir avec le post, mais une vidéo qui mérite d’être vu, c’est l’état d’esprit de nos cher censeur,
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ceux-qui-voudraient-la-tete-de-69178

  2. plombier Says:

    Bonjour première ( et modeste )contribution sur votre site .

    Sur le Monde.fr : Le GIEC est mort, vive le débat ! par Drieu Godefridi
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/01/le-giec-est-mort-vive-le-debat-par-drieu-godefridi_1299689_3232.html#ens_id=1293233

  3. Manu95 Says:

    Merci à Benoît d’avoir mis cette traduction en ligne après l’avoir revue.

    Franchement je ne peux qu’approuver les corrections. Quand on est le nez dans le guidon, on se satisfait assez vite d’une traduction plutôt littérale et on ne voit pas tout de suite ce que l’on pourrait améliorer.

  4. phi Says:

    @pecqror
    C’est un cauchemar ou une erreur d’aiguillage ?
    La bonne nouvelle que nous annonce Stott a un corollaire tragique. Sceptiques victorieux, le combat pour la raison et pour la science a commencé.

  5. araucan Says:

    Pour l’ensemble des écrits ou reprises de Drieu Godefridi sur le RCA
    http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&view=category&id=82&Itemid=63

    Il dit dans son article qu’il a été souvent invité dans les débats sur le RCA, mais jusqu’à présent, je ne l’avais jamais beaucoup vu, ni lu … Manifestement il déclinait ces invitations : effectivement, jouer le rôle du repoussoir n’est pas toujours aisé à supporter … Mais on peut s’interroger aussi sur ce qui l’a amené à à être sceptique : la dérive sur les aspects scientifiques ou le montage économico-étatique derrière ? Dans ce dernier cas, il y a une certaine instrumentalisation des sceptiques pour des buts autres …
    Autant le savoir ! 😀

  6. araucan Says:

    @phi, « le combat pour la raison et pour la science a commencé  » et aussi pour ne tomber dans les travers dénoncés des pro-RCA !

  7. phi Says:

    @araucan
    L’écoeurement me pousse à la grandiloquence, je vous prie de m’en excuser. Le problème est pourtant bien là et stott le met en évidence. L’effondrement de la climatologie liée au giec et la perte de crédibilité des médias et des politiques risque de déclancher une vague d’irrationalité et de suspicion qui sera probablement plus difficile à contrer que la dérive du réchauffisme.

  8. plombier Says:

    @ araucan
    Merci pour votre mise en garde , j’avais cherché rapidement sur le net a :Institut hayek et j’ai découvert Lundi, 07 Décembre 2009 07:22 | Écrit par Jean Michel Bélouve | « la Servitude Climatique, Changement climatique, Business et Politique » .
    Ce matin j’ai fait une visite sur Climat Audit et j’ai trouvé un article amusant : Rajendra Pachauri a été apparemment trop occupé pour vérifier des problèmes glaciergate en Décembre. Nous savons maintenant pourquoi . Au lieu de relecture d’articles climatique, Pachauri a été occupé à lancer un roman softcore sur les aventures sexuelles d’un expert du climat dans sa fin des années 60 , le titre : The Love Guru . ( lire également les commentaires ) les sources , The Telegraph , The Indian Times .
    http://climateaudit.org/2010/01/30/return-to-almora/

  9. Gilles des Landes Says:

    Très intéressant, et les commentaires également… ; il semblerait donc que le sieur Pachaury pense à son devenir et non plus à celui de la planète… après les chemins de fer, la climatologie, peut-être vise-il un prix nobel de littérature? Ou bien envisage-t-il d’étudier les effets du Viagra sur le réchauffement climatique??? En tout cas, ça fait quelque peu « pas sérieux » pour un personnage d’une telle importance (rappel : importance # compétence). Mais peut-être que ce livre expliquera pourquoi certains climatologue ont d’autres centres d’intérêt que le climat…
    Mieux vaut en rire…

  10. scaletrans Says:

    Les « papillonnages » genre Pachauri sont légion chez la plupart des charlatans actuels qui sévissent dans bien des domaines. Ils ont un autre point commun, c’est de toujours savoir de quel côté la tartine est beurrée.
    PS Il y aurait bien des communications scientifiques à traduire en ce moment… mais je suis pas mal occupé!

  11. Manu95 Says:

    @scaletrans « Il y aurait bien des communications scientifiques à traduire en ce moment… mais je suis pas mal occupé! »

    Moi, aussi j’en vois pas mal mais je ne me décide pas…
    Peux-tu nous communiquer quelques liens ? Nous verrons ce qu’on peut faire.

    Je vous rappelle, si besoin est que je n’ai que cela à faire, pour occuper mes vacances éternelles (en attendant qu’une météo plus clémente me permette de terminer certains travaux extérieurs à ma modeste baraque).

  12. Benoît Rittaud Says:

    Juste un rappel, au cas où : merci de penser à mettre ces propositions sur le fil dédié (« Contributions »), histoire que je ne m’y perde pas (ou, plus exactement, pas trop…).

  13. Contrer le rechauffement clinatique Says:

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