Résister à l’hystérie sur le climat

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Beaucoup d’éléments de réflexion dans ce papier de Richard Lindzen, grand climatologue sceptique du MIT qu’on ne présente plus.

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Des arguments contre une politique climatique irréfléchie

par Richard S. Lindzen

La notion d’un climat statique et immobile est étrangère à l’histoire de la Terre et de toute autre planète entourée d’une enveloppe fluide. Que le monde avancé ait donc pu succomber à l’hystérie à propos de changements de quelques dixièmes de degré de la température globale moyenne ne manquera sans doute pas d’étonner les futures générations. Une telle hystérie reflète surtout l’illettrisme scientifique d’une grande partie du public, sa vulnérabilité à la répétition qui finit par avoir force de vérité, et l’exploitation de ces faiblesses par les politiciens, les environnementalistes et, après vingt ans de battage médiatique, par bien d’autres groupes d’intérêts.

Le climat est en perpétuel changement. La Terre a connu des âges glaciaires et des périodes plus chaudes, où les alligators ont trouvé leur chemin jusque sur le Spitzberg. Les périodes glaciaires se sont répétées durant les 700 000 dernières années, par cycles de 100 000 ans. Il y a eu également des périodes dans le passé qui semblent avoir été plus chaudes qu’actuellement en dépit de niveaux de CO2 inférieurs à ceux observés aujourd’hui. Plus récemment, l’humanité a connu une période chaude, dite Optimum Médiéval, suivie d’une période froide appelée Petit Âge Glaciaire. Durant cette dernière, les glaciers alpins se sont grandement étendus, au grand dam des habitants des villages ensevelis, alors que depuis le début du dix-neuvième siècle, ces glaciers reculent. Or, nous ne comprenons toujours pas complètement les raisons de ces mouvements.

Supercellule orageuse (Matthieu PRON)

Pour qu’apparaissent des petits changements climatiques de l’ordre de quelques dixièmes de degré, une cause externe n’est pas nécessaire. La Terre n’est jamais réellement en équilibre. Les mouvements des vastes océans, où la chaleur est transférée entre les couches profondes et la surface, causent des variations sur des échelles temporelles pouvant aller de quelques années à plusieurs siècles. Les travaux les plus récents (Tsonis et al., 2007) suggèrent que cette variabilité est suffisante pour expliquer l’ensemble des changements climatiques observés depuis le dix-neuvième siècle. Mais ce qui s’oppose à l’assertion que l’homme est la cause de ces changements usuels de température, c’est surtout le fait que le réchauffement causé par l’effet de serre possède sa propre signature : le réchauffement de la surface devrait être accompagné d’un réchauffement sous les tropiques à une altitude approximative de neuf kilomètres qui soit 2,5 fois plus élevé qu’en surface. Or les mesures montrent que le réchauffement n’y est que d’environ les trois quarts de ce qui est observé en surface, ce qui implique qu’au plus un tiers du réchauffement en surface pourrait être lié à l’effet de serre ; il est probable que même ce réchauffement infime ne soit pas dû dans sa totalité à l’activité humaine (Lindzen, 2007, Douglass et al., 2007).

Par conséquent, l’ensemble des modèles qui prévoient un réchauffement planétaire important surestiment très largement le phénomène. Cela ne devrait pas surprendre, étant donné qu’en climatologie, on peut toujours compter sur une petite coterie de scientifiques prête à modifier les données afin qu’elles concordent avec les modèles. Ainsi, Santer et al. (2008) admettent qu’en lissant les valeurs des incertitudes dans les observations et les modèles, les incohérences peuvent être éliminées. Pourtant, que les données doivent être corrigées systématiquement pour être en accord avec les modèles est invraisemblable : une telle situation laisse plutôt entrevoir les déficiences principielles de la recherche sur le climat.

L’exagération des modèles quant à la sensibilité du climat au CO2 apparaît sans équivoque si l’on tient compte du rôle fondamental des rétroactions sur le réchauffement par effet de serre. Il faut préciser ici que l’effet de serre empêche le refroidissement du climat en réduisant la radiation nette de la Terre. Seule, l’augmentation de CO2 ne contribue toutefois que modestement au réchauffement (environ un degré Celsius pour chaque doublement de CO2). SI les modèles climatiques prévoient un réchauffement plus élevé, c’est parce qu’ils supposent que les substances à effet de serre les plus importantes, comme la vapeur de l’eau et les nuages, amplifient les variations de CO2. On appelle cela une rétroaction positive, ce qui signifie qu’une augmentation de la température s’accompagne d’une réduction de la radiation nette – augmentant ainsi le réchauffement par effet de serre. Tous les modèles climatiques sont d’accord là-dessus. Or les observations par satellite de la radiation de la Terre nous permettent de déterminer si une telle réduction de la radiation accompagne véritablement une augmentation de la température en surface. Il s’avère que les données satellites de l’instrument ERBE (Barkstrom, 1984, Wong et al., 2006) montrent une forte rétroaction négative – réduisant sensiblement l’effet direct du CO2 (Lindzen et Choi, 2009), en parfaite contradiction avec les modèles. Cette analyse montre que même lorsque tous les modèles concordent, ils peuvent être faux, et que cela peut être le cas pour une question aussi essentielle que la sensibilité du climat au CO2.

À en croire le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat des Nations Unies (Giec), l’effet de serre provenant des gaz à effet de serre d’origine humaine atteindrait déjà 86% de ce que l’on pourrait attendre d’un doublement du CO2 (dont la moitié provient du méthane, de l’oxyde nitrique, des fréons et de l’ozone). Les prédictions alarmistes dépendent de modèles qui prévoient que la sensibilité du climat à un doublement du CO2 est supérieure à deux degrés Celsius. Si c’était vrai, nous aurions dû logiquement observer un réchauffement beaucoup plus important que cela n’a été le cas jusqu’ici, même en admettant que le réchauffement observé ait été causé entièrement par l’homme.

Cette contradiction est aggravée par le fait qu’il n’y a pas eu de réchauffement global net statistiquement significatif ces 14 dernières années. Les modélisateurs s’en défendent en faisant valoir que les aérosols ont annulé le réchauffement en grande partie. Cependant, un récent rapport (Ramanathan, 2007) révèle que les aérosols peuvent avoir un effet tant réchauffant que refroidissant. Par ailleurs, les scientifiques du Hadley Centre for Climate Research, en Grande-Bretagne, ont récemment dû admettre que leur modèle ne pouvait pas tenir compte de façon appropriée de la variabilité naturelle du climat, démolissant ainsi de facto le fondement même de l’argumentation et de la sanctuarisation du GIEC (Smith et al., 2007). Il est intéressant (mais pas surprenant) que le rapport britannique n’ait pas relevé ce dernier point. À la place, les scientifiques ont spéculé sur une réduction de la variabilité naturelle en 2009, permettant au réchauffement de la Terre de reprendre. Reprendre ? Il est au moins reconnu que le réchauffement s’est arrêté ces 14 dernières années. Ajoutons que, plus récemment, des modélisateurs allemands ont reporté la date de la « reprise » du réchauffement à 2015 (Keenlyside et al., 2008).

Les alarmistes répondent que certaines des années les plus chaudes jamais observées ont eu lieu durant la dernière décennie. Étant donné que nous nous trouvons effectivement dans une période relativement chaude, cela ne saurait surprendre. Cela ne permet pas, néanmoins, de tirer des conclusions sur les tendances futures.

Les quelques observations résumées ici indiquent que le réchauffement d’origine humaine a été lourdement exagéré par le passé. L’alarmisme à propos du réchauffement causé par l’homme en est d’autant moins justifié. Mais la logique de l’alarmisme serait tout aussi infondée même si le réchauffement planétaire de cause anthropique était significatif. En effet, la population d’ours polaires, la glaciation estivale de l’Arctique, les sécheresses et les inondations, l’érosion de la barrière de corail, les ouragans, les glaciers alpins, la malaria, etc., dépendent tous non pas de la température moyenne de la surface du globe, mais d’un grand nombre de variables locales qui incluent la température, l’humidité, les nuages, les précipitations et la direction et la magnitude des vents. L’état des océans joue souvent un rôle tout aussi crucial. Notre aptitude à prévoir ces facteurs pour des périodes de plus de quelques jours est minimale (un modélisateur éminent la compare à un jeu de devinettes). Pourtant, chaque prévision de catastrophe exigerait que tous ces facteurs se meuvent dans une fourchette déterminée. La probabilité qu’une catastrophe spécifique arrive est donc proche de zéro. Cela vaut d’ailleurs pour d’autres prévisions, comme les famines dans les années 1980, le refroidissement climatique dans les années 1970, Y2K et beaucoup d’autres catastrophes hypothétiques.

Localement, d’année en année, les fluctuations de température observées s’avèrent quatre fois plus élevées que les fluctuations de la moyenne globale. La plus grande partie de ces variations doivent donc forcément être indépendantes de la moyenne globale, à défaut de quoi cette moyenne varierait beaucoup plus. Cela signifie que d’autres facteurs exercent un impact beaucoup plus important que le réchauffement planétaire sur toute situation spécifique. Les catastrophes naturelles ont toujours eu lieu et rien ne permet d’affirmer que cela sera plus ou moins souvent le cas à l’avenir. Combattre le réchauffement planétaire avec des gestes symboliques ne va rien changer à cette réalité. L’Histoire nous enseigne plutôt que la prospérité et le développement économiques augmentent sensiblement la capacité d’adaptation et de résistance de l’humanité à de telles catastrophes.

Au vu de ce qui précède, on peut raisonnablement s’interroger sur les raisons de la préoccupation du public sur ce sujet – et en particulier de la montée de l’alarmisme ces dernières années. Or, lorsqu’une question comme le réchauffement planétaire est thématisée depuis plus de 20 ans, il faut s’attendre à ce que de nombreux groupes d’intérêts tentent de l’exploiter. L’intérêt du mouvement environnementaliste à acquérir davantage de pouvoir, d’influence et de donations semble évident. Tout comme l’intérêt des bureaucrates, pour qui le contrôle du CO2 est en quelque sorte un rêve devenu réalité : après tout, le CO2 émane de la respiration elle-même. Les politiciens, eux, perçoivent la possibilité d’augmentations d’impôts largement acceptées si celles-ci tirent leur justification de la nécessité de « sauver » la Terre. Différents États s’efforcent également d’exploiter ce thème dans l’espoir d’en tirer des avantages compétitifs.

Cependant, les choses prennent des allures encore plus absurdes. Le cas de l’ancienne entreprise énergétique texane Enron, avant qu’elle ne fasse faillite, est emblématique à cet égard. Avant de se désintégrer en un feu d’artifice de manipulations comptables peu scrupuleuses, Enron était l’une des lobbyistes les plus actives en faveur de la ratification du protocole de Kyoto. L’entreprise espérait pouvoir ainsi négocier les certificats d’émissions de CO2. Et ce n’était pas un mince espoir. Les certificats pouvaient dépasser un billion de dollars et les commissions représenter plusieurs milliards. Les hedge funds examinent désormais activement les possibilités de participer à ce négoce, tout comme le fit la banque Lehman Brothers, entre-temps défunte elle aussi. Goldman Sachs s’est tout autant engagée en faveur de la limitation légale d’émissions de CO2 par le négoce de certificats ; elle semble bien positionnée pour en bénéficier à hauteur de milliards de dollars. Le célèbre activiste Al Gore lui-même est associé à de telles activités. La vente de certificats est en plein essor ; plusieurs organisations ont commencé à vendre des compensations d’émissions de CO2, tout en reconnaissant parfois la futilité de cette activité pour le climat. Le potentiel de corruption est immense. Archer Daniels Midland, la plus grande entreprise d’agrobusiness des États-Unis, s’est par exemple engagée avec succès en faveur des exigences légales d’éthanol pour l’essence. La demande d’éthanol en résultant a contribué à une forte augmentation du prix du maïs, et en conséquence à un accroissement de la misère des consommateurs dans le monde en développement (tout en réduisant la performance des automobiles).

Finalement, de nombreuses personnes de bonne volonté se sont laissées convaincre par les alarmistes qu’en acceptant leur point de vue, elles faisaient preuve d’intelligence et de vertu. Pour ces personnes, ce n’est rien de moins que leur bien-être psychologique qui est en cause.

Avec tous ces enjeux, il est compréhensible que la possibilité que le réchauffement puisse, dans les faits, s’être arrêté provoque un nouveau sens de l’urgence, voire une panique. Pire encore, la perspective que l’homme n’ait pas d’influence perceptible sur le climat paraît impensable. Pour ceux dont les intérêts sont les plus matériels, la nécessité d’agir sans tarder, avant que le public ne se rende compte de la réalité, est bien réelle. En même temps, l’exigence de résister à l’hystérie semble d’autant plus nécessaire pour les décideurs plus sobres. Le gaspillage de ressources pour combattre symboliquement l’évolution d’un climat qui a toujours été en mouvement n’est pas une marque de prudence. L’idée que le climat de la Terre aurait atteint son niveau de perfection vers le milieu du vingtième siècle n’est pas davantage un signe d’intelligence.

Références

Barkstrom, B.R., 1984: The Earth Radiation Budget Experiment (ERBE), Bull. Amer. Meteor. Soc., 65, 1170–1185.

Douglass,D.H., J.R. Christy, B.D. Pearsona and S. F. Singer, 2007: A comparison of tropical temperature trends with model predictions, Int. J. Climatol., DOI: 10.1002/joc.1651 Keenlyside, N.S., M. Lateef, et al, 2008: Advancing decadal scale climate prediction in the North Atlantic sector, Nature, 453, 8488.

Lindzen, R.S. and Y.S. Choi, 2009: On the determination of climate feedbacks from ERBE data, accepted Geophys. Res. Ltrs.

Lindzen, R.S., 2007: Taking greenhouse warming seriously. Energy & Environment, 18, 937950.

Ramanathan, V., M.V. Ramana, et al, 2007: Warming trends in Asia amplified by brown cloud solar absorption, Nature, 448, 575578.

Santer, B. D., P. W. Thorne, L. Haimberger, K. E. Taylor, T. M. L. Wigley, J. R. Lanzante, S. Solomon, M. Free, P. J. Gleckler, P. D. Jones, T. R. Karl, S. A. Klein, C. Mears, D. Nychka, G. A. Schmidt, S. C. Sherwood, and F. J. Wentz, 2008: Consistency of modelled and observed temperature trends in the tropical troposphere, Intl. J. of Climatology, 28, 17031722.

Smith, D.M., S. Cusack, A.W. Colman, C.K. Folland, G.R. Harris, J.M. Murphy, 2007: Improved Surface Temperature Prediction for the Coming Decade from a Global Climate Model, Science, 317, 796799.

Tsonis, A. A., K. Swanson, and S. Kravtsov, 2007: A new dynamical mechanism for major climate shifts, Geophys. Res. Ltrs., 34, L13705, doi:10.1029/2007GL030288

Wong, T., B. A. Wielicki, et al., 2006: Reexamination of the observed decadal variability of the earth radiation budget using altitude corrected ERBE/ERBS nonscanner WFOV Data, J. Climate, 19, 4028–4040.

Source :Impressum Institut Constant de Rebecque 19, boulevard de Grancy 1006 Lausanne, Suisse Tél.: +41 (0)21 601 40 82 Fax: +41 (0)21 601 40 81 ic@institutconstant.ch Cet article a été publié dans la revue Quadrant.

Quelques liens sur Lindzen.

Pensée unique , Climat sceptique .

Page personnelle au MIT

Conférences de R. Lindzen : 1, 2, etc

Le débat sur Lindzen and Choi : Realclimate, Climate Audit

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5 Réponses to “Résister à l’hystérie sur le climat”

  1. plombier Says:

    Les périodes glaciaires se sont répétées durant les 700 000 dernières années, par cycles de 100 000 ans ? ah bon !

    Sur 800 000ans de climat il y a eu 9 interglaciaires ,les dernières periodes glaciaires :
    période glaciaire, de Günz – 600 000 à 540 000 =60 000 ans .
    période glaciaire, de Mindel – 480 000 à – 430 000 = 50 000 ans
    période glaciaire, de Riss -240 000 à -180 000 = 60 000 ans
    période glaciaire, de Würm -120 000 à – 11 700 = 103 000 ans
    Seul la période glaciaire de Würm a duré 100 000 ans et encore sans tenir compte du rapide réchauffement de -14 700 ans à – 12 900 ans .

    Hors sujet :
    Un Ancien fonctionnaire Muir Russell sera à la tête d’une enquête indépendante sur le comportement professionnel des scientifiques du climat à l’Université d’East Anglia (UEA), à Norwich, Royaume-Uni, relatif aux e-mails qui ont été déversés dans le domaine public en Novembre dernier.
    Russell, dont la carrière a été consacrée au gouvernement Ecossais, a présenté son groupe de six experts indépendants hier. Quelques heures plus tard, l’un d’entre eux , Philip Campbell, rédacteur en chef de Nature , a été forcé de démissionner par rapport aux faites qu’il n’est pas impartial: l’an dernier, Campbell a déclaré sur une station de radio chinoises qu’il n’y avait pas de preuves que les scientifiques à l’Université d’East Anglia (UEA) avaient mal agi.

  2. pecqror Says:

    avec illustration

    [IMG]http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Respect/aplausos.gif[/IMG]

  3. Murps Says:

    Dans le panel en question, il y a aurait le Pr. Boulton, glaciologue « réchauffiste »…
    Belle impartialité.

  4. Myke Says:

    Mais il semble bien qu’on se calme un peu, même à East Anglia et à la BBC…

    http://news.bbc.co.uk/1/hi/sci/tech/8511670.stm

  5. Myke Says:

    Le lien n’est pas passé, je réessaye

    http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8511670.stm

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