Question de logique.

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Comme je suis un sceptique, j’ai forcément mauvais esprit, c’est bien connu. Je vais vous en donner un exemple.

Soit une découverte ou une invention de la science. Cette découverte ou cette invention révèle, au moins selon certains scientifiques, poser des problèmes de santé humaine, animale ou sur l’environnement. Que font alors les Etats (ou l’Union européenne ou une institution internationale à la demande des Etats qui la composent)? Au minimum, ils font produire un rapport par une ou plusieurs personnalités, dont l’expérience et les connaissances permettent d’éclairer plus avant le sujet. Si le sujet devient plus conflictuel ou requiert des mesures publiques, alors en vue de préparer les mesures publiques à prendre, il est créé un comité d’experts, qui rend des avis soit sur demande spécifique soit périodiquement. Selon les sujets, le comité, initialement de composé d’experts dont ce n’est pas la fonction première, peut devenir permanent et peut également se transformer en agence avec du personnel permanent et des moyens affectés. A chaque fois, on insiste sur l’indépendance de l’avis émis. La composition est généralement soigneusement mesurée pour éviter les critiques au maximum (par exemple, untel, grand spécialiste, n’y est pas, il n’y a que des experts de l’industrie, il n’y a que des experts des pays développés ou de tel pays de l’Atlantique, etc…).

Le but est d’obtenir l’avis le plus complet et circonstancié possible pour que les politiques puissent décider des mesures à prendre. Je ne vais pas m’étendre sur les différentes sortes d’avis ou de rapport que ce type de docte assemblée peut rendre.

Au final, un document est rendu public, rendant un avis. Supposons que le comité est le meilleur possible, no soulève pas de critiques de méthode ou de composition et que l’avis rendu est un travail fiable et solide.

Il est donc difficile de ne pas suivre cet avis très autorisé, surtout pour un gouvernement parce qu’en plus c’est lui qui a organisé le comité et présidé au choix des experts.

Sauf que cela ne se passe pas comme cela (la réalité est par nature contrariante).

Voici deux cas différents et contemporains. Je suppose que le comité à chaque fois est le meilleur possible.

Dans le cas A, le comité rend un avis favorable à l’utilisation de la découverte, mais la contestation de l’avis vient d’ONG environnementales et de gouvernements ayant créé l’agence ou ayant désigné ses experts dans le comité européen concerné … Peu importe pour le présent billet, le motif de la contestation, le comité ou l’agence créés pour rendre un avis acceptable par tous, voit sa légitimité gravement entachée, ne serait-ce que parce que ceux qui l’ont créé ou ceux qui ont réclamé sa création, rejettent son travail.

Dans le cas B, le comité fait un état des connaissances, fait des prédictions pour l’avenir et des propositions de politiques à suivre. Peu importe le motif de la contestation, le comité fait l’objet de critiques principalement d’individus ou de scientifiques, plus rarement d’organisations politiques et aucunement d’états ! Le comité est alors fortement défendu par les gouvernements qui l’ont créé, par les scientifiques qui y participent et par les ONG environnementales, qui eux trouvent toutes satisfactions à l’avis rendu.

Quel est le problème, me direz vous ? Et bien, que ceux qui défendent le comité B sont les mêmes qui contestent le comité A (sauf les scientifiques, car ce ne sont pas les mêmes disciplines, mais rien n’empêche que comme citoyens, ils contestent l’avis du comité A).

Il est très simple : pourquoi créer des comités aussi bons que possible, pour suivre une fois leur avis et une autre fois ne pas les suivre ?

Pourquoi un tel comportement de la part de ceux qui ont besoin de ces comités ?

Si je suis une ONG, la création, les travaux d’un comité dédié et les conclusions, allant dans mon sens ou non, permet d’avoir mon sujet préféré dans les journaux et de faire pression ou d’obtenir raison : d’un certain coté, un comité, c’est toujours tout bénéfice pour mes thèses.

Si je suis un gouvernement, je retrouve assis entre deux chaises. Parce que j’ai créé les meilleurs comités possibles et que  si je souscris aux avis de l’un pour rejeter l’avis de l’autre, je ne suis plus cohérent. Nul n’est parfait, mais en refusant l’avis de l’un, je perds tout crédibilité sur le soutien que je porte à l’autre. Dans ces deux cas, ma position est contradictoire et ma motivation de gouvernement ne peut plus être qualifiée de rationnelle car je récuse un avis de comité sur une toute chose que le motif qui avait présidé à sa création, c’est à dire la recherche du meilleur avis possible, sur des bases objectives et rationnelles.

En temps que citoyen lambda, mon problème est plutôt : pourquoi avoir mis en place et conserver certains comités dont on accepte les conclusions et d’autres que l’on ne suit pas ? On me fait croire que dans les comités on y fait oeuvre scientifique afin que je sois rassuré sur la qualité des décisions prises. Mais comment moi, citoyen, puis-je savoir quel est le comité qui va rendre l’avis qui sera accepté ? Quels sont les critères qui font qu’une conclusion va convenir ou pas au gouvernement ?

Car après tout, quant l’avis de comité est contesté par ceux-là même qui l’ont créé pour aider à résoudre la question en cause, comment puis-je savoir sur quoi le gouvernement fonde sa position ? Rappelons que le comité est le meilleur possible et que son travail est solide. Son avis est donc valable, à l’époque où l’avis est rendu. Cela veut donc dire que le gouvernement prend alors une décision basée sur d’autres raisons que la recherche de l’objectivité et de la rationalité, qui semblaient être la règle au départ.

Et pour l’autre comité, je n’ai donc aucun moyen de savoir si le soutien du gouvernement relève d’une acceptation de l’avis du comité, en tant que solution rationnelle, ou d’une position déterminée par de toutes autres motifs, auxquels je n’aurai pas accès. Donc rejeter l’avis d’un comité revient à discréditer le soutien apporté à l’autre. Question de logique.

Les comités servent donc à toute autre chose que la recherche d’une position objective et rationnelle. Les comités sont des acteurs dans une pièce où je ne vois pas toutes les scènes.

Et du fait de mon mauvais esprit, je me demande s’il ne serait pas préférable de changer complètement de méthode : supprimer tous les comités, revenir au bon vieux rapport de personnalités qualifiées, solliciter les avis officiels des uns et des autres, organiser un débat parlementaire et voter. Pas sûr que l’on se trompe plus, pas sûr que ce soit moins réactif, pas sûr qu’il n’y ait plus d’effet des lobbies mais sûr que l’on perdra moins de temps et d’argent public !

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14 Réponses to “Question de logique.”

  1. Le Gravier Says:

    Votre construction est juste.
    Mais il me semble qu’il il manque un ingrédient :
    Le(s) film(s) « d’horreur et de science fiction » Genre « une vérité qui dérange » d’Al Gor€.
    N’est ce pas la première fois de l’histoire scientifique qu’une théorie, pour s’imposer a eu besoin d’être associer dans un prix Nobel de la paix à une entreprise de propagande ?
    N’y voyez vous pas là une méthode qui a permis d’imposer un point de vue ?
    C’est vrai, je ne suis pas scientifique (Al Gore non plus, d’ailleurs…), mais je sais que la science et le dogme n’ont jamais fait bon ménage. Je l’ai appris de l’histoire d’un type nommé Galilée, condamné pour avoir défendu une thèse réellement dérangeante pour le coup… En général les vérités qui dérange ne sont pas récompensées. C’est ainsi que ça fonctionne ici-bas : nous avons un sérieux problème avec ce que nous appelons la vérité, mot qui a tendance à devenir un curieux synonyme de politiquement correct, notion elle-même héritée du religieusement conforme.
    http://www.legravier.net/

  2. Murps Says:

    Bravo, fine analyse !
    On pourrait créer une créer une commission pour étudier le problème, ou un observatoire des pratiques collégiales…
    Et il y aurait des sous-commissions avec des tâches bien précises.;-)

    Sinon, voici un petit souvenir détendu que mes enfants écoutaient il y a peu : la « commission d’experts » expliquée aux mômes.
    http://www.watzatsong.com/FR/found/Cornelius+et+pompadour-la+chanson+du+comite+%28le+triomphe+de+babar%29-140244.html

    Si vous voulez la version complète, excellente et très amusante, visionnez cela à partir de 8 minutes 40, « la chanson du comité ».
    #www.youtube.com/watch?v=ocQgtb1bv3g#

  3. Murps Says:

    Ooooops : Je ne voulais pas embedder la video.
    Merci de modérer et de faire sauter une lettre dans le lien youtube….
    Désolé.

  4. scaletrans Says:

    CQFD ! Bravo Benoît !

  5. Benoît Rittaud Says:

    Non, Scaletrans : bravo Araucan.

  6. araucan Says:

    @Le gravier,
    Pourquoi aucun scientifique pro-RCa est engagé dans les négociations-discussions sur le sujet n’a fait le tri sur ce film ? Simplement parce que dans les conventions internationales sur l’environnement en général, il y a toujours une partie du travail de prévu sur la « conscientisation » traduction de « awareness » en anglais, pour autant que l’on puisse le traduire en français (cela devient faire « l’éducation » des gens, ce qui n’est pas meilleur …)
    Simplement parce que déjà à cette époque, oser dire que ce film exagérait (plus erreurs) aurait été perçu ciomme critique et que somme toute ce film allait dans le bon sens … La fin en politique justifie souvent les moyens …
    C’est tout le manque de distinction scientifique-militant de l’éditorial de Joffrin dans Libé …

  7. plombier Says:

    @ Le gravier
    Le film de Gore et le film « Le jour d’après  » inspiré d’un livre de science-fiction The Coming Global Superstorm de d’Art Bell et Whitley Strieber .
    Ce dernier film sert encore de référence a de nombreux internautes sur les sites des médias , pour expliquer cette hiver froid et neigeux .
    Pourtant cette hypothèse d’un refroidissement de l’Europe par un éventuel arrêt du Gulf Stream n’est pas validée même par le GIEC .

    A propos des comités d’expert du Grenelle de l’environnement :AFP / 10 mars 2010 .
    PARIS – Le patron des sénateurs UMP, Gérard Longuet, a plaidé mercredi pour l’abandon de la taxe carbone, dont le gouvernement étudie une nouvelle mouture après la censure du Conseil constitutionnel.
    Après les élections régionales, il va falloir « passer les réformes au crible » et « ce petit travail de réflexion, moi je sais que les parlementaires souhaitent qu’il soit conduit », a prévenu M. Longuet, invité de « Questions d’Info LCP/France Info/AFP ».
    Dans le domaine écologique, « nous avons fait progresser la prise de conscience européenne » mais « on ne peut pas durablement marcher très, très en avant du peloton européen si les autres pays ne suivent pas ». « Il faudra avoir la sagesse parfois d’être en avance mais de ne pas être isolé », a-t-il lancé.
    « Le Grenelle de l’environnement est une ouverture » mais « c’est le rythme de progression » et « la fiscalité écologique » qui posent problème selon lui et « on ne peut pas se laisser étrangler par ce signal fort ».

    http://www.romandie.com/infos/afp/display.asp?id=100310135848.o56tdrhl.asp

  8. Dalton Says:

    Pourquoi ne pas nommer le responsable ? Dans les cas A et B, le moteur commun c’est le fameux « principe de précaution ». C’est lui qui explique pour beaucoup l’attitude des ONG et des gouvernements, que ce soit dans le cas des OGM ou du changement climatique. Leur incompétence sur la manière de gérer les incertitudes et les probabilités fait le reste.
    Et comme on sait dès le début qu’on ne peut légitimement pas attendre une réponse simple et définitive du coté scientifique…

  9. araucan Says:

    @dalton
    Je connais un certain nombre de comités qui sont antérieurs au principe de précaution dans la législation, mais vous avez raison, je pense en soulignant les relations entre ce principe et le développement (ou le rôle dévolu) à certains comités.

  10. Marco33 Says:

    Le principe de précaution est une plaie pour notre pays.
    Son inscription dans la Constitution est une faute majeure qui va causer des dégâts (dans la science surtout) considérables.
    Avec ce principe de peur, on va vers le déclassement assuré.

    Ce principe est un régal pour tous les prédicateurs catastrophistes…

    L’avenir est à l’Est, loin vers l’Est…..

  11. Antonio San Says:

    Campagne jummelée…

    http://blog.lefigaro.fr/climat/2010/03/il-y-a-plusieurs-facons.html

    le commentaire qu’ils ne publient pas…

    Il faut bien reconnaître que Le Figaro et ses journalistes environnementaux ne cessent de nous étonner !
    Oui il a fallu que Mr. Miserey aille chercher un ouvrage américain pour nous vanter en un raccourci sublime –au sens physique du terme seulement– une histoire merveilleuse illustrée du GIEC et faire l’éloge de la légitimité des modèles de circulation utilisés malheureusement pour prédire le climat d’une planète qui ne ressemble que d’une manière lointaine à la Terre.
    Quand on pense que l’IPSL – dont le très célèbre directeur membre du GIEC et désormais bloggeur d’occasion- dépend du CEA, on se dit que Mr. Miserey n’aurait eu qu’à se propulser vers Saclay pour vanter les mérites des modèles et du nucléaire en un hommage conjoint… Nul doute qu’il y aurait été reçu les bras ouverts !
    Mais sans doute la ficelle eut été trop grosse, même pour ce blog…
    En effet, quand on se souvient des couleuvres Tchernobyliennes que les mêmes medias nous avaient fait avaler à l’époque, il faut croire que les modèles numériques de circulation générale étaient déjà l’objet d’attentions toutes particulières… C’eut été des lors pour la presse une sorte de pèlerinage aux sources !
    Allons, les temps ont changé Monsieur, et le lectorat malgré le matraquage, peut s’informer ailleurs sur l’histoire peu rose du GIEC, y compris et surtout quand l’édition française censure les ouvrages de climatologie qui ne vont pas dans le bon sens et troublent l’ordre polytechnicien. Et là curieusement, votre curiosité de journaliste semble se tarir… étonnant, non ?

  12. yvesdemars Says:

    à propos du principe de précaution le dernier billet de papyjako en parle à propos des dégâts de l’ouragan Katrina sur la Nouvelle Orléans.

    http://www.lepost.fr/article/2010/03/10/1980849_des-digues-des-poissons-et-des-hommes.html

    espérons donc que ce procès se déroule, ce sera croustillant …

  13. scaletrans Says:

    Excellent papier en effet, que je vais m’empresser d’indiquer à ma (petite) liste de diffusion.

  14. the fritz Says:

    Plombier
    Pourtant cette hypothèse d’un refroidissement de l’Europe par un éventuel arrêt du Gulf Stream n’est pas validée même par le GIEC
    En voilà une référence; je pense que » même par le GIEC » est de trop

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