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Le retour de la poêle à frire.

27 mars 2010

Hier, monsieur Rocard, indigné de voir sa taxe sur le carbone abandonnée, s’indignait ainsi : » On ne va tout de même pas laisser la planète devenir doucement une poêle à frire où la vie deviendra impossible. D’accord, c’est lent. C’est pour dans dix ou douze générations. Mais c’est tellement difficile à éviter qu’il vaut mieux commencer tôt, par prudence. Dans une dizaine d’années, pour les gens qui prendront du retard dans le combat contre le climat, on parlera de crime contre l’humanité. » (Le Monde).

Je ne résiste pas à remettre ici la citation originelle (en entier Rocard28-07-2009).

M. Rocard : Le principe, c’est que la terre est protégée de radiations excessives du soleil par l’effet de serre, c’est à dire une espèce de protection nuageuse, enfin protection gazeuse qui dans l’atmosphère est relativement opaque aux rayons du soleil. Et quand nous émettons du gaz carbonique ou du méthane ou du protoxyde d’azote, un truc qu’il y a dans les engrais agricoles, on attaque ces gaz, on diminue la protection de l’effet de serre et la planète se transforme lentement en poêle à frire. Le résultat serait que les arrière-petits-enfants de nos arrière-petits-enfants pourront plus vivre. La vie s’éteindra à sept huit générations, c’est complètement terrifiant. …./….
M. R. : Il faut qu’elle frappe tout le monde, sinon les gens ne la sentiront pas comme juste. Nous sommes devant une situation assez étrange. Personne ne nie qu’il faut éviter de faire rôtir nos arrière-petits-enfants comme des merlans dans une poële à frire, qu’il faut mettre ça en place, tout le monde est d’accord à la condition que la dureté de cette taxe parce que c’est méchant, ça va faire mal (il faut qu’elle) soit partagée par tout le monde et qu’il n’y ait pas d’exception ni d’exemption.
Manifestement la perspective se retrouver comme un merlan dans une poêle à frire n’a pas été un argument suffisamment convaincant pour convaincre à la fois ses collègues en politique et ses concitoyens même avec un horizon temporel reculé, allez savoir pourquoi, de 4 générations. Il fallait cette fois-ci frapper les esprits sur l’abandon de la taxe carbone et voilà  qu’il s’agit d’un « crime contre l’humanité ». Diantre et palsambleu  !!!
Là j’ai vraiment eu peur et je suis allé chercher la ou les définitions (voir et ). J’ai même essayé d’écrire à partir de ces définitions. J’ai arrêté, j’avais des images affreuses dans la tête et envie de vomir. L’image m’avait frappé et je me retrouvais porteur du malheur des siècles à venir, pour m’être réjoui de la suspension d’une mesure, que je juge inutile et superfétatoire (parce qu’il y a déjà des taxes sur les carburants, l’énergie et certains polluants gazeux).
Puis, je me suis souvenu que la culpabilisation à outrance est une technique de persuasion en vigueur depuis un moment déjà, en gros depuis le film d’Al Gore. J’avais aussi oublié le titre de l’article où j’ai trouvé la citation qui ouvre ce billet « Michel Rocard, l’hyperpédagogue ». Faut-il être excessif pour être pédagogique ? Faut-il tétaniser les gens ? Les commentateurs sont-ils si anesthésiés, que personne n’ait relevé l’inadéquation face à la gravité de cette accusation ?
La seule consolation que je puis trouver face à une telle expression est qu’il n’est plus désormais possible d’aller plus loin dans les annonces de calamités. Par comparaison, l’image erronée et inadéquate du merlan dans sa poêle à frire en est presque rigolote.
En relisant la citation, elle illustre bien que climatologues et politiques carbocentrés croient manifestement que l’avenir est écrit. Mais en matière de climat comme en politique, la marche aléatoire est certainement un modèle plus adéquat, que la projection de la tendance des 20 dernières années … sur les siècles à venir.
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Mais qui sont ces « écolo-sceptiques » ?

25 mars 2010

[Un article co-écrit par Araucan (pour beaucoup) et Benoît Rittaud (pour un peu)]

Ainsi donc, le Gouvernement français a reporté aux calendes grecques la « contribution carbone », qui devait entrer en vigueur au 1er juillet sous une nouvelle forme, suite à l’invalidation par le Conseil Constitutionnel fin 2009 de la première mouture. Le Président de la République l’a déclaré , en reconnaissant la crainte d’une perte de compétitivité des entreprises françaises si cette contribution ne s’appliquait pas aussi aux frontières, et donc qu’il serait nécessaire que la « taxe carbone » soit mise en place au niveau européen. Il n’évoque pas la grogne des particuliers contre cette taxe – bien que ce soient eux qui votent, et non les entreprises.

Parce que cette taxe était intimement liée au carbocentrisme, son annulation est incontestablement un soulagement pour les climato-sceptiques. Leur percée médiatique de ces trois derniers mois a-t-elle joué un rôle dans l’abandon de cette taxe de toute façon très impopulaire ? Difficile de l’affirmer avec certitude, même s’il est clair que le sujet est devenu nettement plus visible dans les médias. Toutefois, pour qui ne suit pas le sujet de façon assidue, les discussions passionnées sur le climat gardent un côté cryptique. Et, après tout, quels sont les sceptiques dont on entend parler en France ? Quelques scientifiques à qui l’on reproche (pas toujours poliment) de s’égarer, quelques blogueurs, des commentateurs pugnaces (au bas mot 300 francophones). (more…)

La fonte du GIEC

12 mars 2010

Le GIEC aurait-il fondu plus vite que les glaciers de l’Himalaya ?

Il n’y a guère, lorsqu’on présentait le GIEC et sa théorie carbocentriste, la description tenait du bloc immense et inamovible : le « consensus » concernait « les 2500 plus grands spécialistes », qui avaient épluché toute la littérature scientifique et qui s’étaient, au fil de réunions soigneusement préparées, dévoués tous ensemble corps et âmes à la rédaction de chaque nouveau rapport de synthèse, bloc indestructible devant lequel nous ne pouvions que nous incliner.

Curieusement, il semble que, depuis ces dernières semaines où les climato-sceptiques parviennent à donner de la voix, une telle présentation ne soit plus de mise. Aussi bien Stéphane Foucart lors de l’émission d’@rrêt sur images que Jean Jouzel lors de mon débat de l’autre jour avec lui (dans une partie du débat qui n’a pas été retenue pour publication dans Le Nouvel Observateur) ont renoncé à cette description, pour lui préférer une présentation plus « à taille humaine ». Désormais, donc, le GIEC tient plus du glaçon que du glacier : l’on insiste sur le fait que le GIEC rassemble moins d’une dizaine de permanents, en décrivant des réunions qui n’ont plus rien à voir avec ces grands messes dont on avait pu rêver, vaguement sidéré… (J’ai même cru voir passer l’information selon laquelle le CRU, la célèbre et influente Unité de Recherche Climatique de Phil Jones, n’emploierait que trois permanents – information à vérifier.)

Le Climategate a certes contribué à ce changement d’image, en montrant combien, au moins sur certains éléments de la controverse, le « consensus » était davantage l’expression de l’avis d’un petit ensemble de chercheurs soudés que de celui de vastes communautés scientifiques neutres et indépendantes les unes des autres. Je cherche en revanche à comprendre pourquoi certains carbocentristes font leur une description aussi minimaliste du GIEC. Cette tactique me semble déconcertante, car, même si on peut l’imaginer motivée par l’envie de communiquer contre cette image de « politburo climatique » qui commence à coller au GIEC, elle a pour effet de saper l’idée même de consensus, pourtant essentielle à la stratégie carbocentriste. Je m’avoue donc quelque peu perplexe.

Question de logique.

10 mars 2010

Comme je suis un sceptique, j’ai forcément mauvais esprit, c’est bien connu. Je vais vous en donner un exemple.

Soit une découverte ou une invention de la science. Cette découverte ou cette invention révèle, au moins selon certains scientifiques, poser des problèmes de santé humaine, animale ou sur l’environnement. Que font alors les Etats (ou l’Union européenne ou une institution internationale à la demande des Etats qui la composent)? Au minimum, ils font produire un rapport par une ou plusieurs personnalités, dont l’expérience et les connaissances permettent d’éclairer plus avant le sujet. Si le sujet devient plus conflictuel ou requiert des mesures publiques, alors en vue de préparer les mesures publiques à prendre, il est créé un comité d’experts, qui rend des avis soit sur demande spécifique soit périodiquement. Selon les sujets, le comité, initialement de composé d’experts dont ce n’est pas la fonction première, peut devenir permanent et peut également se transformer en agence avec du personnel permanent et des moyens affectés. A chaque fois, on insiste sur l’indépendance de l’avis émis. La composition est généralement soigneusement mesurée pour éviter les critiques au maximum (par exemple, untel, grand spécialiste, n’y est pas, il n’y a que des experts de l’industrie, il n’y a que des experts des pays développés ou de tel pays de l’Atlantique, etc…).

Le but est d’obtenir l’avis le plus complet et circonstancié possible pour que les politiques puissent décider des mesures à prendre. Je ne vais pas m’étendre sur les différentes sortes d’avis ou de rapport que ce type de docte assemblée peut rendre.

Au final, un document est rendu public, rendant un avis. Supposons que le comité est le meilleur possible, no soulève pas de critiques de méthode ou de composition et que l’avis rendu est un travail fiable et solide.

Il est donc difficile de ne pas suivre cet avis très autorisé, surtout pour un gouvernement parce qu’en plus c’est lui qui a organisé le comité et présidé au choix des experts.

Sauf que cela ne se passe pas comme cela (la réalité est par nature contrariante).

Voici deux cas différents et contemporains. Je suppose que le comité à chaque fois est le meilleur possible.

Dans le cas A, le comité rend un avis favorable à l’utilisation de la découverte, mais la contestation de l’avis vient d’ONG environnementales et de gouvernements ayant créé l’agence ou ayant désigné ses experts dans le comité européen concerné … Peu importe pour le présent billet, le motif de la contestation, le comité ou l’agence créés pour rendre un avis acceptable par tous, voit sa légitimité gravement entachée, ne serait-ce que parce que ceux qui l’ont créé ou ceux qui ont réclamé sa création, rejettent son travail.

Dans le cas B, le comité fait un état des connaissances, fait des prédictions pour l’avenir et des propositions de politiques à suivre. Peu importe le motif de la contestation, le comité fait l’objet de critiques principalement d’individus ou de scientifiques, plus rarement d’organisations politiques et aucunement d’états ! Le comité est alors fortement défendu par les gouvernements qui l’ont créé, par les scientifiques qui y participent et par les ONG environnementales, qui eux trouvent toutes satisfactions à l’avis rendu.

Quel est le problème, me direz vous ? Et bien, que ceux qui défendent le comité B sont les mêmes qui contestent le comité A (sauf les scientifiques, car ce ne sont pas les mêmes disciplines, mais rien n’empêche que comme citoyens, ils contestent l’avis du comité A).

Il est très simple : pourquoi créer des comités aussi bons que possible, pour suivre une fois leur avis et une autre fois ne pas les suivre ?

Pourquoi un tel comportement de la part de ceux qui ont besoin de ces comités ?

Si je suis une ONG, la création, les travaux d’un comité dédié et les conclusions, allant dans mon sens ou non, permet d’avoir mon sujet préféré dans les journaux et de faire pression ou d’obtenir raison : d’un certain coté, un comité, c’est toujours tout bénéfice pour mes thèses.

Si je suis un gouvernement, je retrouve assis entre deux chaises. Parce que j’ai créé les meilleurs comités possibles et que  si je souscris aux avis de l’un pour rejeter l’avis de l’autre, je ne suis plus cohérent. Nul n’est parfait, mais en refusant l’avis de l’un, je perds tout crédibilité sur le soutien que je porte à l’autre. Dans ces deux cas, ma position est contradictoire et ma motivation de gouvernement ne peut plus être qualifiée de rationnelle car je récuse un avis de comité sur une toute chose que le motif qui avait présidé à sa création, c’est à dire la recherche du meilleur avis possible, sur des bases objectives et rationnelles.

En temps que citoyen lambda, mon problème est plutôt : pourquoi avoir mis en place et conserver certains comités dont on accepte les conclusions et d’autres que l’on ne suit pas ? On me fait croire que dans les comités on y fait oeuvre scientifique afin que je sois rassuré sur la qualité des décisions prises. Mais comment moi, citoyen, puis-je savoir quel est le comité qui va rendre l’avis qui sera accepté ? Quels sont les critères qui font qu’une conclusion va convenir ou pas au gouvernement ?

Car après tout, quant l’avis de comité est contesté par ceux-là même qui l’ont créé pour aider à résoudre la question en cause, comment puis-je savoir sur quoi le gouvernement fonde sa position ? Rappelons que le comité est le meilleur possible et que son travail est solide. Son avis est donc valable, à l’époque où l’avis est rendu. Cela veut donc dire que le gouvernement prend alors une décision basée sur d’autres raisons que la recherche de l’objectivité et de la rationalité, qui semblaient être la règle au départ.

Et pour l’autre comité, je n’ai donc aucun moyen de savoir si le soutien du gouvernement relève d’une acceptation de l’avis du comité, en tant que solution rationnelle, ou d’une position déterminée par de toutes autres motifs, auxquels je n’aurai pas accès. Donc rejeter l’avis d’un comité revient à discréditer le soutien apporté à l’autre. Question de logique.

Les comités servent donc à toute autre chose que la recherche d’une position objective et rationnelle. Les comités sont des acteurs dans une pièce où je ne vois pas toutes les scènes.

Et du fait de mon mauvais esprit, je me demande s’il ne serait pas préférable de changer complètement de méthode : supprimer tous les comités, revenir au bon vieux rapport de personnalités qualifiées, solliciter les avis officiels des uns et des autres, organiser un débat parlementaire et voter. Pas sûr que l’on se trompe plus, pas sûr que ce soit moins réactif, pas sûr qu’il n’y ait plus d’effet des lobbies mais sûr que l’on perdra moins de temps et d’argent public !

Phil Jones face au parlement britannique

8 mars 2010

Il est très dommage que la presse française se soit montrée aussi silencieuse sur l’actualité de ces derniers jours autour du Climategate. En particulier, le 1er mars s’est déroulée une audition particulièrement attendue dans cette affaire : celle de Phil Jones, le directeur du centre de recherches incriminé dans l’affaire (le CRU), et temporairement démissionnaire. L’intégralité de l’audition peut-être entendue ici.

Il y a beaucoup de choses à dire sur cette audition (nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir). Aujourd’hui, je voudrais m’attarder sur un point particulier.

Avant cela, je tiens à dire que Jones est à l’évidence un homme qui souffre. Même si certaines de ses pratiques doivent être questionnées sans complaisance, j’éprouve une certaine compassion pour ce chercheur, sans doute un peu dépassé par tout ce qui lui est arrivé ces dernières années (alors que je n’ai guère de sympathie en revanche pour d’autres, qui pourront de toute façon fort bien retomber sur leurs pieds).

Cela étant précisé, le point de l’audition sur lequel je souhaite revenir est celui où l’un des parlementaires interroge Jones sur un fameux courriel que ce dernier a adressé le 21 février 2005 à Warwick Hughes, qui lui demandait les relevés de températures des stations utilisées : (more…)

Retour sur le Climategate

5 mars 2010

Lorsque le 21 novembre dernier, j’ai découvert l’histoire des mails piratés grâce à un commentaire sur Skyfal (merci à Marot, si je me souviens bien), je ne me doutais pas que cela aurait de l’effet aussi vite. C’était amusant et excitant, mais je ne pensais pas que cela aurait d’autre effet que de faire des remous au sein de la communauté scientifique. Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut distinguer ce qui s’est passé en France de ce qui s’est passé (et se passe encore) aux États-unis et au Royaume-Uni.

En France, la reprise de l’info par un « grand » média a été assez longue à venir (4 jours). Elle est d’abord arrivée sur les blogs, avant d’être reprise dans des articles. D’une manière générale, l’information en Suisse et en Belgique a été plus réactive. L’effet direct a été que des discussions se sont lancées, plus ou moins vives selon le degré de modération, et surtout de montrer au grand jour que toute la France ne croyait pas au RCA : un petit groupe de Gaulois résistait encore et toujours, osant ne pas adhérer à la pensée unique. Allègre et Courtillot étaient loin d’être seuls.

Avant et après le 21 novembre, l’on a certes pu lire quelques articles destinés à minimiser l’affaire, ou à classer une fois encore les sceptiques dans l’une ou l’autre des catégories usuelles : celles des réacs, des pollueurs compulsifs, des non-comprenants, des vendus, ou de toute combinaison de ces épithètes (et j’en passe). D’ailleurs, ces articles donnaient l’impression de tomber du ciel, pour au moins trois raisons. D’abord, ils ne venaient pas en réponse à d’autres articles ouvertement sceptiques. Ensuite, Claude Allègre n’y était pas vraiment ciblé (car lorsqu’il est critiqué, tout l’article le concerne). Enfin, en France, les sceptiques ne forment pas de groupes constitués, à part quelques blogs et sites. L’unanimité politique est même assez remarquable sur ce sujet, bien que beaucoup se montrent en réalité bien silencieux.

Au niveau international, le Climategate n’a eu aucun effet direct sur Copenhague, sauf dans une remarque d’un délégué d’Arabie Saoudite qui n’a pas rencontré d’écho. L’échec de cette conférence internationale n’a pas besoin du Climategate pour être expliqué. Sans le Climategate, l’échec aurait été le même. Notons juste pour la petite histoire que la vague de froid sur l’Europe a commencé avec la fin de la conférence… un joli clin d’œil de la météo… Mais la vague de froid n’a pas touché que Copenhague. Plus profondément, elle a touché aussi au cœur même du RCA : avec cette vague de froid, on a vu bien moins d’articles, entendu bien moins d’annonces et de rapprochements douteux, et observé l’entrée en hibernation des politiques négociateurs et de leurs aréopages activistes. L’Union européenne est elle-même réduite au silence, bien à la peine depuis cet échec majeur de sa diplomatie.

N’oublions pas non plus l’affaire de la taxe carbone, décidée avec enthousiasme en septembre mais qui avait permis de voir que 80 % des français étaient contre. Il y a loin de l’enthousiasme universaliste au consentement à payer, surtout en période de crise. Le 21 décembre, la taxe carbone est retoquée par le Conseil constitutionnel. Depuis, il n’y a plus guère que le Sénat qui s’en préoccupe officiellement.

Le redoux arrivant, voici que l’on découvre que l’opinion serait de plus en plus sceptique. Là non plus, je ne comprends pas : serait-ce un effet différé de l’échec de Copenhague, qui a poussé ceux qui se taisaient (ou suivaient par opportunisme) à sortir du bois ? Serait-ce juste la conséquence de six semaines bien hivernales jusqu’en Espagne, qui en ont fait réfléchir plus d’un ? Le besoin de créer la polémique et de remuer le couteau dans la plaie de Copenhague ? La diffusion de livres sceptiques bien écrits et argumentés (Gérondeau, Legendre, Galam…) et qui se vendent bien ? La diffusion des conférences de Courtillot sur le net ?

Tout cela était difficile à anticiper, et il est aussi difficile de savoir si cela va durer et si cela aura un effet au-delà du médiatique : les apparatchiks du système restent les mêmes, même si cela commence à grogner chez les scientifiques.

De l’autre côté de la Manche, pris au sérieux par les médias très vite, le Climategate a eu des effets concrets :  suspension d’un responsable, enquêtes, mise à disposition de données… le tout facilité, il est vrai, par une opinion nettement plus sceptique et échaudée par les annonces du Met Office, qui avait pris l’habitude de se tromper de manière magistrale depuis quelques années dans ses prévisions saisonnières, y compris avant Copenhague.  D’autant que le CRU avait bloqué l’accès à ses données et que les mails arrivés au grand jour montraient les motivations du refus (plus une destruction des données). Malgré tout, le gouvernement reste très activement engagé sur le sujet du RCA.

Aux États-Unis, la discussion est plus vive encore. L’opinion n’a adhéré au RCA que temporairement, Clinton n’avait pas ratifié Kyoto, Bush restait très opposé, le poids des lobbys économiques y est très fort, même si certains États étaient aussi « progressistes » sur le sujet qu’en Europe (comme la Californie) et qu’une bourse du carbone a été créée à Chicago. L’EPA pousse même à faire du CO2 un polluant dangereux pour la santé humaine et l’environnement, et donc à en réglementer les émissions. Obama, avec sa majorité fragile, a fait le choix de sacrifier sa loi sur le carbone au profit de sa réforme du système d’assurance maladie. Mais surtout, la discussion y est vive sur les blogs, d’autant que certains blogs ont été des acteurs actifs de la remise en cause de la courbe en crosse de hockey, de l’utilisation de la dendrochronologie dans les reconstructions du climat passé ou des données utilisées pour calculer la moyenne des température du globe. Outre-Atlantique, la question des blocages d’accès aux données (pour des recherches sur fonds publics) et celles portant sur l’homogénéisation des données sont des questions explosives.

Quel est donc le bilan, trois mois après le début de l’affaire ? On peut dire que le Climategate aura conduit

  • à une relecture critique du rapport 2007 du GIEC, dont l’issue est constituée des différents « sub-gates » de ces dernières semaines : Africagate, Glaciergate, Amazonegate, Netherlandsgate… (voir mon précédent post), plus ou moins médiatisés, aboutissant finalement à une commission d’examen sur le fonctionnement du GIEC, le 26 février, lors d’une réunion du Programme des Nations unies pour l’environnement,
  • à une discussion sur le travail au sein du GIEC et sur son rôle, chez les scientifiques, et à des enquêtes en bonne et due forme (Royaume-Uni et USA),
  • à une plus grande visibilité des sceptiques et à un début d’évolution dans la presse française, mais aussi à une reconnaissance des blogs et sites participatifs comme Climate Audit dans le débat,
  • à une discussion sur la mise à disposition des données brutes et à un débat plus visible sur les questions d’homogénéisation (Royaume-Uni et USA), non sans lien d’ailleurs avec la tentative de reprise en main initiée à l’OMM en septembre.

Somme toute, ce n’est pas si mal ! Enfin, les publications de sceptiques en français ont l’air de se porter plutôt bien, même si l’on attend toujours un effort de traduction sur les ouvrages de… Marcel Leroux !

Les bras m’en tombent

2 mars 2010

Avant de lire, assurez-vous d’être bien assis.

Petit rappel : la semaine dernière, Hervé Kempf avait jugé bon, dans sa chronique dans Le Monde, de rapprocher les climato-sceptiques des munichois de 1938. Mon nom était cité, aux côtés de celui d’autres sceptiques, ce qui m’a poussé à proposer à son auteur de venir débattre sur ce blog et d’expliquer sa position. Hervé Kempf a refusé. (Les détails sont ici, il faut les avoir en mémoire pour apprécier au mieux ce qui va suivre.)

Le temps et l’oubli auraient pu faire leur œuvre, et du moins espérais-je qu’Hervé Kempf éviterait désormais les analogies douteuses. Malheureusement, loin de prendre conscience du caractère blessant et excessif de son premier texte, il a choisi d’enfoncer le clou dans sa dernière chronique, où il rapproche cette fois les climato-sceptiques du Front national. J’apparais là encore explicitement dans le texte, cette fois au travers du titre de mon ouvrage. Cette chronique commence en effet par ces mots : « Après avoir ingurgité divers pamphlets dénonçant « l’imposture » et le « mythe » climatiques, le chroniqueur s’est intéressé au colloque du conseil scientifique du Front national sur le réchauffement climatique […] »

Voilà pourquoi, dans mon dernier billet, j’ai insisté à nouveau pour un débat avec Hervé Kempf. Après la publication de ce second billet, je lui ai écrit ceci : (more…)

Le téléphone sonne sur les doutes climatiques

1 mars 2010

[Un avis proposé par Jean-Michel Reboul sur le dernier débat Courtillot – Van Ypersele. Merci pour ce texte.]

Intéressante émission proposée par Alain Bédouet sur France Inter ce vendredi, avec Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du GIEC, et Vincent Courtillot, directeur de l’Institut de Physique du Globe, qui  répondaient aux questions des auditeurs posées par téléphone.

Cette émission, d’une tenue toujours exemplaire, a-t-elle clarifié le débat ? C’est selon, car les deux invités sont restés sur leurs positions, et je ne sais pas si les auditeurs ont vraiment acquis des connaissances supplémentaires vis-à-vis de la responsabilité humaine dans le réchauffement.

« Le doute s’insinue », a déclaré le présentateur en introduction à l’émission, annonçant « qu’aujourd’hui même l’ONU a annoncé la constitution d’une commission chargée d’examiner les travaux et le fonctionnement du GIEC ». Un scoop, à ce qu’il semble, après toutes les déclarations d’expertise des « 2500 meilleurs climatologues du monde » (dixit Canal +, dans la présentation convenue d’une info à propos du dernier livre de Claude Allègre).

On n’a pourtant pas appris beaucoup de choses nouvelles de la part de Jean-Pascal Van Ypersele. Pour lui, le GIEC a montré que « l’essentiel du réchauffement des 50 dernières années est principalement dû à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre d’origine humaine. » Et il ajoute, pour prendre en compte les affirmations précédentes de Vincent Courtillot : « Alors peut-être qu’on montrera demain que le soleil vient en rajouter une couche, mais ça c’est quelque chose qui est bien connu. » (more…)

Question de connaissance

27 février 2010

Dans la chronique du Monde dont Benoît a parlé l’autre jour (édition de dimanche-lundi), deux phrases ont retenu mon attention :

Comment organiser son action en fonction d’une information imparfaite ? et, plus loin, La connaissance du fonctionnement du climat terrestre est-elle parfaite ? Non.

Ce point est particulièrement crucial. D’une part, peut-on obtenir une information parfaite ? Certes non, dans quelque discipline que ce soit, même sans exiger une précision quantique… On peut aussi se demander ce que serait une information parfaite et par contraste, une information imparfaite : dans ce dernier cas, il faut estimer le niveau d’imperfection ou, plus précisément, d’insuffisance de l’information. On peut aussi parler d’information aussi complète que possible en fonction des connaissances et technologies disponibles, considérant que cette information doit couvrir, dans le cas du climat, à la fois les observations du passé et des explications physico-chimiques validées. Je n’ose m’aventurer sur l’information à propos de l’avenir.

Le rapport du GIEC fournit-il une telle information ? Oui, répond Kempf, non, répondent les climato-sceptiques, l’un parce qu’il juge l’information suffisante et les autres justement pour son insuffisance. (more…)

Un commentaire sur les propos d’Hervé Kempf

23 février 2010

La dernière chronique d’Hervé Kempf publiée dans Le Monde commence ainsi :

En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l’Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes. (…) La comparaison est-elle exagérée ? Non.

Passons sans trop nous attarder sur le caractère outrancier **auto-modération** d’un tel rapprochement entre climato-sceptiques et munichois. Notons qu’Anthony Watts a été victime hier d’un rapprochement fait par le Guardian entre sceptiques et industrie du tabac, et que l’on peut lire à la fin de ce billet tout le bien qu’il pense d’un tel rapprochement.

Passons rapidement aussi sur le fait que le ton de cette chronique illustre une nouvelle fois combien les carbocentristes sont à l’agonie, contraints qu’ils sont de reconnaître le poids de plus en plus grand des sceptiques et réduits qu’ils sont à faire flèche de tout bois pour tenter d’arrêter l’inarrêtable. (more…)