Archive for the ‘Épistémologie’ Category

Ce qui est vraiment impensable

17 mai 2010

Lorsque les carbocentristes se hasardent hors de la science pour tenter de réfuter le climato-scepticisme, ils utilisent très souvent l’argument selon lequel les sceptiques seraient dans une attitude de déni. La catastrophe à venir serait si grave que les candides que nous sommes seraient incapables d’en accepter les augures. « C’est le créneau qu’exploitent les négateurs pour vendre leur production hors de l’arène scientifique », m’a récemment écrit un carbocentriste sûr de lui. Lisez la suite de ce billet sur Skyfall…

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Une discrète avancée du solarisme

30 avril 2010

L’un des points faibles du climato-scepticisme est qu’il a du mal à faire rêver. Face à la tragédie splendide d’une humanité toute-puissante qui provoque sa propre chute par inconscience et égoïsme, quelle belle histoire les sceptiques ont-ils à raconter ? Lisez la suite de ce billet sur Skyfall.

Un commentaire sur les propos d’Hervé Kempf

23 février 2010

La dernière chronique d’Hervé Kempf publiée dans Le Monde commence ainsi :

En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l’Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes. (…) La comparaison est-elle exagérée ? Non.

Passons sans trop nous attarder sur le caractère outrancier **auto-modération** d’un tel rapprochement entre climato-sceptiques et munichois. Notons qu’Anthony Watts a été victime hier d’un rapprochement fait par le Guardian entre sceptiques et industrie du tabac, et que l’on peut lire à la fin de ce billet tout le bien qu’il pense d’un tel rapprochement.

Passons rapidement aussi sur le fait que le ton de cette chronique illustre une nouvelle fois combien les carbocentristes sont à l’agonie, contraints qu’ils sont de reconnaître le poids de plus en plus grand des sceptiques et réduits qu’ils sont à faire flèche de tout bois pour tenter d’arrêter l’inarrêtable. (more…)

La science dans le prétoire

21 février 2010

C’est peut-être à quelque chose d’intéressant que nous allons assister prochainement aux États-Unis. Il y a quelque mois, l’agence de protection de l’environnement américaine (EPA) a décidé de classifier le gaz carbonique dans la catégorie des polluants, s’attribuant du même coup la mission d’en réguler les émissions en vertu d’un arrêt de la Cour Suprême de 2007. Les nouvelles contraintes légales automatiquement crées par cette décision de l’EPA ne font évidemment pas plaisir à tout le monde, si bien que des actions en justice ont été lancées pour la contester. De telles actions émanent notamment de l’État du Texas et de la chambre de commerce américaine, qui prennent un point de vue purement légal en déniant la légitimité de l’EPA dans la régulation du gaz carbonique.

Plus intéressante est la plainte qui vient d’être déposée par les États de Virginie et d’Alabama, qui ont choisi un tout autre angle d’attaque, qui porte, lui, sur la crédibilité du carbocentrisme lui-même. Kenneth Cuccinelli, l’attorney general de Virginie à l’origine de la plainte, invoque notamment le Climategate pour affirmer que les conclusions du GIEC sont suffisamment douteuses pour qu’on ne puisse asseoir dessus toute une politique publique.

Si l’action va à son terme, alors nous aurons un nouveau cas où la justice aura à se pencher sur une théorie scientifique. L’on se souvient que, il y a deux ans, l’Ofcom (l’office britannique de régulation des télécommunications, l’équivalent du CSA français) avait dû juger de la qualité du documentaire climato-sceptique de Martin Durkin, The Great Global Warming Swindle (voir glossaire), et que sa conclusion, favorable au documentaire s’était fondée sur la loi et non sur la science. (Voir aussi, en France, l’affaire de la contribution carbone retoquée par le Conseil Constitutionnel.) (more…)

Une ancienne boule bientôt hors de l’urne ?

18 février 2010

Dans un précédent billet, j’ai proposé de comparer l’évolution de la théorie carbocentriste à une urne dans laquelle sont mises de plus en plus de boules (les arguments), mais de laquelle chacune de ces boules finit par sortir. À la fin, donc, en vertu d’un petit raisonnement, il ne reste plus rien dans l’urne, bien que le nombre de boules dans l’urne augmente à chaque instant. Le point central du raisonnement est que ce sont les boules les plus anciennes qui sont enlevées les unes après les autres (faute de quoi l’urne ne finit pas vide – et donc la théorie garde des arguments). À ce billet, qui en passant a permis d’initier une intéressante discussion avec JD (que je remercie donc pour sa contribution), vient de faire écho cette interview de Phil Jones publiée par Nature (relevée par WUWT). (more…)

L’urne carbocentriste

11 février 2010

Aujourd’hui, c’est un vieux paradoxe mathématique qui va me servir à illustrer un point problématique dans la façon de raisonner des carbocentristes (merci d’avance à celui qui retrouvera le nom de l’inventeur de ce paradoxe).

Considérons deux urnes, dans lesquelles il y a de la place pour mettre autant de boules qu’on veut. Au départ, la première (blanche) est vide, la seconde (noire) contient une infinité de boules, numérotées 0, 1, 2, 3, etc., jusqu’à l’infini. Nous considérons deux expériences possibles à partir de cette situation initiale. (more…)

Popper vs. Festinger

15 janvier 2010

Une fois n’est pas coutume, ce billet s’intéresse à une contradiction collective des climato-sceptiques.

Côté pile, les sceptiques brandissent parfois le célébrissime « critère de scientificité de Popper » contre les carbocentristes. Rappelons à tout hasard que, selon Popper, une théorie mérite le qualificatif de « scientifique » si, et seulement si, il est possible d’imaginer une expérience susceptible de la mettre en défaut. Un exemple parmi d’autres de l’application du critère de Popper au carbocentrisme est cette citation tout à fait étonnante tirée du second rapport du GIEC (1995) :
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Aurait-il fallu « Inviter la Terre » à Copenhague ?

23 décembre 2009

Parmi les multiples réactions à l’échec de Copenhague, une interview de Michel Serres paru le 21 décembre dans Le Monde a retenu mon attention, notamment en raison de son titre : « On a oublié d’inviter la Terre à la conférence sur le climat ». Ce titre a été inspiré par le passage suivant de l’interview :

L’échec [de Copenhague] était donc écrit d’avance ?

Il était en tout cas probable, et pour une raison simple : on a oublié d’inviter à Copenhague un partenaire essentiel, composé d’air, de feu, d’eau et d’êtres vivants. Cette absente, qui n’a encore jamais siégé dans aucun Parlement, je l’appelle la « Biogée », pour dire en un seul mot la vie et la Terre. C’est un pays dont nous sommes tous issus. Qui va représenter ce pays-là ? Quel sera son ambassadeur, quelle langue parlera-t-il ? Cela reste à inventer. Mais nos institutions ne peuvent plus désormais se contenter de jeux à deux. Le jeu de demain doit se jouer à trois : nous ne pourrons plus rien faire sans tenir compte de la Biogée.

J’ai du respect pour Michel Serres, qui est un homme d’une grande érudition. Certaines pages de lui sont écrites dans une langue admirable. J’ai dû, il y a quelques mois, faire un petit discours juste après lui, et je peux vous dire que, pour éviter la comparaison avec sa façon de manier les mots et l’humour, j’aurais bien aimé avoir pu parler le premier. J’avoue pourtant avoir beaucoup du mal à comprendre comment il est possible de tenir sérieusement les propos de l’extrait ci-dessus. (more…)